Opinions

Maroc / CEDEAO : Imru Al Qays Talha Jebril décrypte tous les enjeux (Itw)

in Uncategorized
Maroc / CEDEAO : Imru Al Qays Talha Jebril décrypte tous les enjeux (Itw)

Présentée comme un élément catalyseur de l’économie ouest africaine, l’adhésion du Maroc à la CEDEAO de fait toujours attendre malgré plusieurs dates avancées et finalement repoussées. Aujourd’hui le dossier c’est comme perdu dans les tiroirs, quoique presque tous les dirigeants africains sont unanimement d’accord et attendent à bras ouverts leurs amis marocains.

Cependant les enjeux continuent d’alimenter les discussions des économistes des secteurs privé, comme public, que ça soit du côté marocain comme ceux de la zone ouest africaine.

Pour une fois encore, Panorapost est allé à la rencontre d’un chercheur bien au fait du sujet pour décrypter le désormais « projet » d’adhésion du Maroc à la CEDEAO.

Imru Al Qays Talha Jebril (photo) est un analyste politique, d’origine Marocaine et Soudanaise, vivant à Rabat. Mr. Talha Jebril travail en tant que conseiller auprès du Haut-Commissaire au Plan, spécialiste des études de prospectives, ainsi que de la géopolitique. Imru Al Qays Talha Jebril est aussi un leader associatif, il préside le Think and do Tank EDFIRST, qui est un laboratoire d’idée focalisé sur l’education. Mr. Talha Jebril a aussi publié des policy papers, notamment avec le think tank Allemand DGAP; et il a participé a des conférences de haut niveau, étant un panéliste aux cotés de l’ancien secrétaire general de l’ONU Ban-Ki Moon et l’ancien président Mexicain Ernesto Zedrillo. Mr. Talha Jebril travail aussi en tant que consultant pour des organisation internationales, dans le domaine de la gouvernance et de l’interprétariat. 

Dans sa déclaration, il affirme que « le Maroc a clairement une image positive plus présente dans les pays francophones de l’Afrique, et plus spécifiquement ceux de la CEDEAO. Son soft power n’est pas aussi important dans les pays anglophones du continent, de par une politique plus timide envers ces pays. Cela s’explique par le manque d’acteurs économiques et politiques anglophones que le pays a à offrir, en partie, mais aussi par le fait que la diplomatie marocaine focalise ses efforts sur la question du Sahara, offrant une sorte de choix cornélien entre le soutien du Gouvernement Marocain ou une rupture des relations bilatérales. »

Par rapport à la position géographique du Maroc plutôt vu comme un pays arabe et qui devrait se tourner vers ses voisin du Maghreb et du Moyen Orient, il estime qu’« Il nous faut une pensée nouvelle, une identité africaine plus ancrée, au lieu de rester dans de vieux paradigmes identitaires relatant seulement à la couleur de la peau ou l’appartenance à une soi-disant unité Arabe. Le Maroc est avant tout un pays africain, berbère et en 3ème lieu, arabe, et partage plus de choses avec le Sahel et l’Afrique de l’Ouest qu’il en partage avec le Proche-Orient. »

Sur un autre régistre, il explique que « le Maroc doit alterner une diplomatie économique réfléchie pour ne pas déranger les intérêts cruciaux de la France, sans pour autant perpétuer le contrôle financier et politique français dans la région. Le Maroc et la CEDEAO peuvent gagner en hégémonie politique et financière à travers l’adhésion du Maroc et l’homogénéisation des traités et autres accord commerciaux. »

Comment est vue la politique étrangère marocaine en Afrique ?

Le Maroc étant le plus grand investisseur africain en Afrique de l’Ouest jouit relativement d’une bonne image quant à sa politique étrangère. En plus d’investissements directs, le Maroc est vu comme un pays frère du Sud, et avec des liens historiques, en plus de sa politique d’intégration des migrants au Maroc et de sa politique d’éducation d’imams, entre autres. Sur le plan purement géopolitique, le Maroc poursuit son rôle de médiateur dans les affaires des pays de l’Afrique de l’Ouest, comme par exemple, dans l’affaire récente du président sortant Gambien Sidi Yahya Jammeh. Cela dit, le Maroc a clairement une image positive plus présente dans les pays francophones de l’Afrique, et plus spécifiquement ceux de la CEDEAO. Son soft power n’est pas aussi important dans les pays anglophones du continent, de par une politique plus timide envers ces pays. Cela s’explique par le manque d’acteurs économiques et politiques anglophones que le pays a à offrir, en partie, mais aussi par le fait que la diplomatie marocaine focalise ses efforts sur la question du Sahara, offrant une sorte de choix cornélien entre le soutien du Gouvernement Marocain ou une rupture des relations bilatérales. Cette position ne sert pas toujours tous ses intérêts, et dans le cas des pays de l’Afrique de l’Est ou ceux qui sont proches de la sphère Sud-Africaine, cela se traduit même par une réticence de dialogue et une méconnaissance de la population locale et du produit ‘Made in Morocco’ que ça soit d’ordre commercial, touristique ou politique.

D’autre part, le grand retour du Maroc dans l’Union Africaine a été une grande victoire diplomatique et a permis au Maroc de reprendre sa place en tant que membre fondateur de l’organisation et d’étendre son soft power dans le continent. L’année 2017 restera ancrée dans la politique africaine comme étant l’année marocaine ; avec un retour de force du pays dans la famille africaine. La preuve tacite de l’image dont jouit le Maroc dans le continent peut être conclue sous l’angle des pays africains, lors du vote pour l’organisation de la Coupe du Monde 2026, où seulement 11 pays Africains ont voté contre la candidature marocaine, ce qui dénote d’une image assez positive du pays dans le bloc continental. En outre, les visites répétées de sa Majesté le Roi Mohammed VI ont été largement acclamées, et ont donné lieu à la signature de plusieurs traités bilatéraux favorisant les échanges commerciaux, l’allègement des obstacles tarifaires, et la collaboration en termes d’expertise (notamment dans les assurances, banques, télécommunications, agriculture, industrie, etc.…).

Quelle appréciation faite-vous de l’adhésion du Maroc à la CEDEAO, annoncée, repoussée et maintenant silencieuse ?

Je voudrais commencer par mentionner que j’avais déjà écrit mon projet de fin d’étude à l’Université Al Akhawayn sur ce sujet, vers la fin de l’année 2012, à l’époque il y avait encore un manque flagrant de données et de littérature sur le sujet, mis à part quelques publications archaïques sur l’histoire  des relations entre le Maroc et l’Afrique de l’Ouest, en termes culturels, religieux et économique, relatant des relations du Maroc antique avec le Marché Africo-Sahélien à travers Sijilmassa et Tombouctou. À l’époque (2012-2013); le Maroc et la conscience politique Marocaine lambda, ne considéraient pas que l’Afrique de l’Ouest représentait également une opportunité économique pour le pays, et ce malgré la présence marocaine en Afrique notamment à travers les banques, assurances, et autres entreprises minières et pharmaceutique dans la région (la banque BMCE étant pionnière dans le domaine). Cela dit, j’avais trouvé qu’avec la faillite du projet d’intégration de l’Afrique du Nord et du Maghreb Arabe, l’alternative africaine, ou plutôt le retour aux relations d’antan, était une pensée économique et politique logique. Suite à mes recherches, j’ai réalisé que ECOWAS, ou CEDEAO en français, était un groupement panafricaniste assez bien intégré, avec une vision solide sur le long-terme au niveau social, économique et politique ; on remerciera des figures telles que le Panafricaniste Ghanéen Kwame Nkrumah pour avoir élaboré les édifices idéologiques de ce projet, à l’image de l’intégration européenne. La CEDEAO représente 350 millions de consommateurs, un PIB de de 345 milliards de dollars, des pays en pleine croissance, une région assez stable, avec des démocraties assez fortes tels que le Sénégal, le Sierra Leone et le Libéria.

Cela dit, à l’époque, j’avais réalisé deux choses sur le sujet. Pour qu’une telle intégration puisse vraiment prendre place, il fallait comprendre à quel point le Nigéria, en tant que puissance régionale, considérait la CEDEAO comme étant une sorte de marché interne – internal turf-, donc à quel point il était primordiale pour le Maroc de raviver ses relations avec le Nigéria pour pouvoir assurer sa place dans ce groupement économique (ce n’est d’ailleurs pas un hasard que le siège des bureaux de la CEDEAO se trouve à Lagos et non pas à Dakar, par exemple). Deuxièmement, que l’intégration du Maroc dans le groupement économique n’était pas possible sans le développement d’une vraie intégration d’infrastructures (routes, ports, routes ferroviaires, et connexions aériennes), et cela veut dire implicitement que tant que le Maroc souffre d’un problème politique au niveau du Sahara il ne pourra pas entamer cette intégration en bonne et due forme (le sud du Maroc, à travers la Mauritanie et le poste frontalier Guerguerat étant la seule route viable pour les transports de camions).

D’un point de vue légal stricto sensu, d’après la constitution de la CEDEAO, le Maroc peut déjà être considéré comme étant membre du groupement. La restriction légale étant, d’après le traité de constitution de 1975, revu en 1993, que “les membres de la communauté sont les états qui ratifient le présent traité”. Néanmoins, la CEDEAO ayant accordé l’accord de principe sur l’adhésion du Maroc le 4 juin 2017 à Monrovia lors du 51ème sommet de la CEDEAO, peine à faire avancer les choses en vue d’un blocage politique sur la question. Il y a à mon avis deux explications par rapport à ce silence. Premièrement, le Nigéria considère toujours que le Maroc reste une sorte de menace hégémonique par rapport à son contrôle du bloc régional ; il y a donc une certaine crainte que le Maroc risquerait de représenter un challenge d’ordre géopolitique et économique dans la région, ainsi que décisionnel, étant donnée l’emprise que le Nigéria a toujours eu sur le regroupement économique. Pour comprendre cette réticence, il faut analyser les dynamiques historiques internes de la CEDEAO, étant la lutte entre les pays francophones du bloc (aussi appelé le bloc de Casablanca – notez l’appellation) et les pays anglophones et lusophones du bloc (le bloc de Monrovia), qui a toujours défini les frictions internes de la CEDEAO sur la base des appartenances coloniales, linguistiques et culturelles.  Cette concurrence a toujours existé dans le groupement, et l’adhésion du Maroc est vue comme une sorte de victoire ou ravitaillement du bloc casablancais, et donc francophone.

Cette méfiance se traduit aussi par les acteurs économiques (consortium de business et d’ONGs) nigériens qui sont sceptiques vis-à-vis de l’intégration du Maroc, avançant des arguments comme les accords de libre échanges dont bénéficie le Maroc avec l’Union Européenne et les Etats Unis, qui permettent t aux produits européens de se retrouver dans le marché ouest-africain et concurrencer les acteurs économiques (industriels et autres) dans la région, réduisant ainsi leur compétitivité.

A mon avis, les acteurs nigériens et dans certains cas sénégalais aussi qui avancent les arguments économiques en premier lieu, choisissent délibérément de ne pas mettre en exergue l’aspect géopolitique et les dynamiques internes de la CEDEAO, en sachant que le seul acteur économique dans la région qui représente une compétition déloyale est l’acteur chinois- le plus grand exportateur dans la région- à travers l’export de produits à bas prix et d’autres techniques commerciales tel que le dumping.

La stratégie à suivre pour le Maroc maintenant est un rapprochement multidimensionnel avec le Nigéria et les acteurs économiques nigériens, pour les convaincre que le Maroc ne cherche pas à raviver les tensions entre blocs francophones et anglophones de la CEDEAO, et que son adhésion ne représente en aucun cas une menace économique pour les pays du bloc régional mais plutôt une opportunité d’élargir les exportations des pays de la CEDEAO au marché marocain et vice versa. Cela devrait se traduire par une augmentation du niveau des importations du Maroc de la région, qui représente jusqu’à ce jour un faible pourcentage en comparaison avec les exportations. D’après le rapport de l’office des changes marocain, le Maroc garde un solde commercial largement en sa faveur dans la région, alors que les exportations y ont triplé (passant de 3.2 milliards de dirhams en 2008, à 10.2 milliards de dhs en 2016) les importations dans la même période, restent au même niveau ou sont en baisse. En somme, les échanges commerciaux avec les pays de la région représentent seulement 4 % des exportations Marocaines et 2 % de son commerce mondial. Donc une dynamisation des échanges économiques devrait être une priorité pour faire de l’adhésion une prérogative politique et économique claire. Sans cela, le Maroc peinera à convaincre ses homologues ouest-africains que l’adhésion est une condition sine qua non pour dynamiser la région économiquement.

La libre circulation des personnes et la question de la monnaie ne constituent-elles pas d’autres freins à l’adhésion du Maroc?

À mon avis, la libre circulation oui, mais la question de la monnaie, pas tellement. Je m’explique.

Pour ce qui est de la libre circulation, le Maroc étant un pays de transit pour les migrants clandestins en Europe, se retrouve dans une situation délicate. En théorie, le pays voudrait bien ouvrir ses frontières aux pays de la CEDEAO, mais ne veut pas se retrouver dans une situation où il doit faire face à une augmentation d’arrivées de migrants qui, sous couvert de la libre circulation, utilisent le Maroc comme une sorte de plateforme de départ vers l’immigration Européenne. D’un autre coté, les autorités à Bruxelles ou Madrid, verraient l’adhésion du Maroc à CEDEAO comme une menace potentielle, si le Maroc décide d’adhérer à la libre circulation, pensant que cela aurait comme conséquence une augmentation des candidats à l’immigration clandestine, à travers l’enclave de Melilla ou autres routes maritimes en méditerranée. Il y a là une sorte d’impasse politique. Le Maroc se veut un pays ouvert, un pays d’accueil, et un pays ouvert vers l’Afrique, mais sa position géostratégique pourrait entraver cette ouverture, étant données les pressions européennes sur le sujet, mais aussi sa propre capacité à absorber cette immigration, qui des fois, peut se transformer d’un stade transitoire à en devenir permanente. Il n’y a pas pour l’instant de politiques proposées qui puissent résoudre cette impasse politique. A mon avis, il faudrait encourager les Think Tanks, africains et marocains, à réfléchir sur cette question et à proposer des solutions appropriées.

En ce qui concerne la monnaie, je ne vois pas en quoi cela serait un frein. Le Maroc ayant une politique monétaire et fiscale assez conservatrice, je ne le vois pas rejoindre la monnaie unique proposée par la CEDEAO en 2020, mais il peut très bien établir un accord d’adhésion au regroupement régional, sans pour autant délaisser sa monnaie nationale, avant de faire des études de faisabilité approfondies, ou simplement choisir de faire un accord similaire à celui que les Britanniques ou les Suisses ont fait avec l’Union Européenne. Le Maroc peut donc très bien rejoindre la CEDEAO sans pour autant en adopter sa monnaie, chose qu’il pourrait considérer de faire plus tard, ce qui pourrait en effet être intéressant sur le long-terme, avec une stabilisation et homogénéisation des politiques monétaires des pays de la CEDEAO.

La politique assez complexe du Maroc avec ses voisins du Maghreb ne constituent-elle pas une méfiance des pays de la CEDEAO ?

Le Maroc n’a pas de différend d’ordre territoriale, ou géopolitique avec les pays de la CEDEAO; il n’y a pas d’historique de relations tendues (je parle de conflits majeurs) avec les pays de l’Afrique de l’Ouest. Toute méfiance qu’il peut y avoir sont donc à mon avis sans grande importance, mis à part le soutien que le Nigéria et les autres pays anglophones (Liberia, Ghana…) du bloc régional, apportent à la question du Sahara, qui sont plus en faveur de la position algérienne ou sud-africaine sur le sujet. Il faut donc commencer à mettre encore plus en exergue les liens étroits que le Maroc entretient avec des pays tels que le Sénégal, le Cap-Vert ou encore la Côte d’Ivoire. Ces relations ne sont pas entachées par des complexités politiques et la logique des relations tendues avec les voisins maghrébins n’est pas pertinente quand il s’agit de la relation du Maroc avec l’Afrique de l’Ouest. Cela dit, le Maroc devrait faire un effort diplomatique d’envergure pour faire changer ses vieilles positions, et rallier à sa cause l’ensemble des pays tout en mettant en avant la solution proposée d’autodétermination dans le cadre la régionalisation avancée pour le Sahara. Cette offensive diplomatique couplée avec des investissements directs peut changer l’attitude de ces pays envers le Maroc. Toute méfiance émanant de ses relations passées avec les pays du Maghreb ne rentre pas en considération étant donnée les actions amicales palpables du Maroc envers les pays du CEDEAO.

On a évoqué un possible changement de stratégie du Maroc avec l’entrée des lobbies aux dépens de la diplomatie classique, est-ce que cela est une bonne stratégie ?

Si cette stratégie vient aux dépens de la diplomatie classique, elle ne sera pas suffisante, mais la combinaison des deux est la bonne route à suivre. Les lobbies commerciaux tels que l’Office Chérifienne des Phosphates (OCP), les Banques marocaines (Attijariwafa Bank, BMCE et la Banque Populaire, ainsi que le groupe minier Managem, peuvent vraiment représenter une force de frappe marocaine pour convaincre leur posture win-win vis à vis des marchés de la CEDEAO (par exemple les banques marocaines forment et recrutent localement, contrairement à d’autres multinationales). Rien ne remplace une diplomatie ‘brick and mortar’ , autrement dit, classique, qui prend en compte les intérêts,  leurs élites économiques et politiques, ainsi que les leaders africains. Le Maroc doit se rapprocher du Nigéria et de tous les pays anglophones de la CEDEAO, et les convaincre que l’adhésion du Maroc à la CEDEAO s’inscrit dans une logique pérenne, relatant non seulement des échanges d’expertise, et d’échange commerciaux favorables, mais aussi les échanges culturels, éducationnels, et d’intégration identitaire. Le Maroc a longuement été comparé à ses confrères arabes, sur la base de la stratification néo-colonialiste -j’ai envie de dire-, aux pays du Moyen-Orient. Mais à mon avis, le Maroc est plus en lien avec la culture malienne, sénégalaise et mauritanienne que celle de l’Irak, par exemple. Il nous faut une pensée nouvelle, une identité africaine plus ancrée, au lieu de rester dans de vieux paradigmes identitaires relatant seulement à la couleur de la peau ou l’appartenance à une soi-disant unité Arabe. Le Maroc est avant tout un pays africain, berbère et en 3ème lieu, arabe, et partage plus de choses avec le Sahel et l’Afrique de l’Ouest qu’il en partage avec le Proche-Orient.

Y a-t-il menace pour les intérêts français, quand on sait que la zone CEDEAO est un bastion économique pour la France ?

Premièrement, la CEDEAO est non seulement un bastion économique pour la France, mais surtout un bastion Chinois, et à un degré moindre, de la Grande Bretagne.

Je ne qualifierais pas l’adhésion du Maroc à la CEDEAO de ‘menace’, mais plutôt de concurrence préférentielle. Le Maroc se positionne comme un pays qui n’a pas d’antécédent ou d’aspirations coloniales dans la région, avec une proximité culturelle, qui se traduit majoritairement dans le cadre du soft power religieux, notamment avec la présence des Imams formés au Maroc dans la jurisprudence Malikite ou Tijania, ainsi qu’un passé coloniale français commun. En plus du fait que le Maroc représente la 6ème puissance commerciale en Afrique, son adhésion pourrait représenter un renforcement de la zone économique à travers l’expertise qu’il a à apporter dans le BTP, l’agriculture, et l’industrie automobile, par exemple.

La France a été historiquement un acteur politique s’opposant à l’expansion de la CEDEAO. Elle a essayé auparavant de bloquer la création et l’élargissement du bloc économique en faisant croire que le Nigéria était un prédateur pour ses voisins, notamment dans le cas du Bénin ou du Togo, décrivant le Nigéria comme étant ‘l’éléphant africain’ qui broussaille sur ‘l’herbe’ des petits pays ouest-africains, dont il compte se nourrir. La France a aussi agi derrière les coulisses pour faire en sorte que les blocs anglophone et francophone restent méfiants l’un de l’autre. L’intérêt français dans la région se traduit majoritairement par le Franc CFA qui reste utilisé dans le bloc de pays relié à l’UEMOA (Union Economique et Monétaire Ouest Africaine), donc l’adoption d’une monnaie autre que le Franc CFA non contrôlée par la Banque Centrale Française est la plus grande menace aux intérêts français. Le Maroc a un rôle à jouer dans ce sens pour aider les pays de la région à adopter une autre monnaie, plus apte à respecter les intérêts propres de ces pays, même s’il n’en fera pas partie. En ce qui concerne les entreprises marocaines, pour certains africains de l’ouest, leurs démarches ressemblent à celles des grands conglomérats français, mais d’un autre côté, il y a peu à peu une confiance qui s’installe en vue de leur provenance marocaine, vu comme moins ‘néo-colonialistes’ et instaurant une approche plus win-win que leurs homologues français.

Le Maroc doit alterner une diplomatie économique réfléchie pour ne pas déranger les intérêts cruciaux de la France, sans pour autant perpétuer le contrôle financier et politique français dans la région. Le Maroc et la CEDEAO peuvent gagner en hégémonie politique et financière à travers l’adhésion du Maroc et l’homogénéisation des traités et autres accord commerciaux. In fine, le Maroc a pour but de rendre la compétitivité des produits issus de la CEDEAO plus compétitifs dans son propre marché et vice versa, dans une logique de coopération Sud-Sud.

Il ya aussi une logique purement géopolitique et militaire que représente l’adhésion du Maroc. Le bloc jouit déjà d’une force militaire à lui propre (ECOMOG), et l’adhésion du Maroc représente un atout majeur pour celui-ci. D’abord, cette adhésion renforcera la puissance militaire régionale, la non-intervention des pays occidentaux dans les affaires politiques de la région et augmentera l’arsenal militaire (en armée de terre et maritime) de la CEDEAO.  Il y aura aussi la possibilité de rendre la région plus autonome dans la gestion de ses conflits liés au terrorisme, au narcotrafic et l’immigration clandestine, et ce à travers un renforcement des partages d’intelligence ou d’exercices militaires conjoints.

Pour conclure, je dirais que le Maroc, en tant que membre de la CEDEAO, représenterait une relation symbiotique, réciproque, d’égal à égal, et pourrait créer une cohésion économique, tant bien financière en termes d’échanges commerciaux, que politique en termes de rapprochement et l’autogestion de conflits internes, ainsi qu’une opportunité pour le Maroc de devenir le hub africain qu’il aspire à devenir. Seulement, ce projet phare ne peut se réaliser sans le travail de fond de part et d’autre pour le renforcement des liens d’éducation, d’échanges académiques, culturels et des liens d’infrastructures d’un côté (un cargo marocain doit actuellement toujours passer par les pays européens pour être renvoyé en Afrique de l’Ouest, et ce pour un prix exorbitant) et d’un rapprochement politique qui œuvre vers l’homogénéisation des procédés de douanes et la mise en place d’une concurrence loyale d’autre part.

L’Union Européenne et le tumulte qu’elle connaît avec le Brexit ou la montée des partis eurosceptiques devrait servir de leçon pour qu’une intégration africaine se fasse autrement, d’une façon meilleure, et je pense que le Maroc et la CEDEAO doivent relever ce défi pour démontrer au monde que l’Afrique peut être un modèle à suivre en termes d’intégration régionale économique et politique.

Propos recueillis par Mouhamet Ndiongue

L’égalité des sexes et l’UA: du développement au changement de politique

in Uncategorized
L'égalité des sexes et l'UA: du développement au changement de politique

L’auteur en bas de page

Le développement centré sur les personnes est au cœur de la nouvelle initiative de l’Agenda 2063 de l’Union africaine (UA) . Son objectif général est une transformation et un développement panafricains de ses pays membres, tout en recadrant la présence du continent sur la scène mondiale. Heureusement, l’égalité des femmes est l’un de ses objectifs, s’attaquant à la discrimination, à la violence sexiste et à l’autonomisation, pour ne citer que quelques-uns. Alors que des pays développés comme les États-Unis et la France luttent toujours pour élire une femme à la tête de leur gouvernement, dix pays africains l’ont déjà fait, démontrant ainsi que le leadership et l’inclusion des femmes constituent un précédent historique pour de nombreux Africains. À bien des égards, cet ordre du jour reflète également les objectifs de développement durable des Nations Unies, démontrant la détermination des dirigeants africains à progresser dans le 21st siècle et au-delà. La question demeure, quel est l’impact de l’amélioration de la représentation et du leadership des femmes au sein de l’UA sur les expériences vécues par les femmes africaines?

Un programme ambitieux et idéaliste pour les femmes

Avec une population jeune de plus d’un milliard de personnes, le programme de l’UA en faveur des femmes semble à première vue idéaliste et ambitieux. En seulement dix ans, entre 2013 et 2023, l’UA a proposé un certain nombre de changements, notamment la suppression de tous les obstacles à la propriété et aux entreprises et la création de la parité hommes-femmes dans l’ensemble de l’organisation et des communautés économiques régionales. Avec 54 États membres, tous à des stades de développement social différents, notamment en ce qui concerne l’équité entre les sexes, il est difficile d’envisager une parité complète et la fin de toutes les pratiques sociales et coutumières préjudiciables d’ici 2023. L’initiative la plus prometteuse réside peut-être dans les espoirs de l’UA en matière de genre. l’intégration et la création d’un environnement de travail inclusif pour les femmes à tous les niveaux de pouvoir.

Depuis l’élaboration de l’Agenda 2063, l’UA a dirigé plusieurs initiatives normatives visant à amener ses États membres à mener des réformes plus sensibles à la problématique hommes-femmes aux niveaux national et régional. Par exemple, 2010-2020, l’organe l’a déclarée «Décennie de la femme africaine» et, en 2016, a déclaré «Année des droits de l’homme avec un accent particulier sur les droits de la femme». Conformément à l’adoption de la résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations Unies, l’UA a incorporé un programme femmes, paix et sécuritéau sein de son architecture africaine de paix et de sécurité (APSA), qui a conduit à la nomination d’un envoyé spécial pour les femmes, la paix et la sécurité en 2014. Outre un envoyé spécial, il existe un rapporteur spécial sur les droits de la femme et l’APSA. a mis en place un programme sur le genre, la paix et la sécurité. La première femme présidente de la Commission de l’UA, la Dre Nkosazana Dlamini-Zuma, élue en 2012 pour la période 2012-2016, a veillé à ce que quatre des huit commissaires de l’UA soient des femmes. Le président nouvellement nommé (2017), Moussa Faki-Mahammat, a poursuivi cette approche en nommant un nombre égal d’hommes et de femmes dans son cabinet.

De la représentation au changement de politique?

Je soutiendrais que la représentation et la visibilité changent les perspectives et insufflent une culture de l’inclusivité aux plus hauts niveaux. Donner aux femmes la possibilité de diriger une organisation intergouvernementale telle que l’UA préserve la diversité des discussions et jette un voile sur les normes et les dialogues patriarcaux établis. Il est essentiel de veiller à la diversité des opinions des décideurs afin de constamment défier les discours oppressifs et marginalisants liés au genre .

Dans le même temps, l’injection de corps féminins ne se traduit pas toujours par des approches sexospécifiques de la sécurité, du développement économique ou même des initiatives en matière de santé mondiale. Il existe une différence marquée entre la participation des femmes à la politique étrangère et l’intégration d’une perspective sexospécifique dans les programmes de développement durable. L’intégration de la dimension de genre intègre les implications perçues pour les femmes dans tous les programmes de développement afin de parvenir finalement à l’égalité de genre . Je soutiens que les deux propositions devraient être au cœur de l’Agenda 2063 de l’UA. Les pays membres et les dirigeants de la Commission doivent accorder la priorité à l’embauche de femmes aux postes de direction et de prise de décision, tout en mettant en place des cadres et des réformes qui s’attaquent au sous-développement politique, social et économique des femmes. aux niveaux local, national et continental .

Les femmes africaines ne sont pas un groupe monolithique; ils varient selon la religion, la spiritualité, la structure familiale, la classe sociale, la race, la langue, la tribu, etc. L’UA ne doit pas seulement encourager la diversité des femmes, elle doit également faire des efforts délibérés pour intégrer les groupes informels de la société civile à la prise de décision. les communautés rurales n’ont pas toujours accès à de puissantes capitales ou services urbains (Havik, PJ (2015). L’entrepreneuriat féminin en Afrique de l’Ouest: tendances et trajectoires. Early Modern Women, 10 (1), 164-177. doi: 10.1353 / emw. 2015.0017). L’UA dirigeant les initiatives normatives en faveur des droits des femmes, permet aux États membres et aux commissaires de travailler pour accéder aux femmes rurales qui ont déjà mis en place leurs propres systèmes résilients de détermination économique et politique. L’UA, pour concevoir des propositions qui fonctionnent, tenant compte des femmes et des hommes,

La communauté internationale devrait féliciter l’UA lorsqu’elle cherche à reproduire les normes et la justice de genre globales dans son propre organe et à définir un standard pour ses membres. Cela doit être reconnu, mais les universitaires et les autres acteurs doivent continuer à faire pression sur les États membres pour qu’ils adoptent des cadres inclusifs qui conduisent à davantage de libertés et de protections pour les femmes. La représentation est une clé forte pour l’intégration de la dimension de genre, mais pas le seul déterminant. Pour que la représentation soit réellement efficace, elle doit se situer à tous les niveaux de la gouvernance et s’accompagner de réformes applicables et réalisables, qui élargissent les droits des femmes africaines. Il est possible de réaliser le développement durable dans l’Agenda 2063, mais cela dépend de l’autonomisation politique, économique et sociale des femmes. connecter les plus vulnérables aux services adéquats et les inclure dans le processus de gouvernance et de leadership.

Source Policy center for the New South

Naakoshie Mills 

Responsable de l’Union africaine et des affaires multilatérales, département d’État, États-Unis

Naakoshie Mills travaille au département d’État des États-Unis, où elle est chargée de la mission des États-Unis auprès de l’UA et coordonne l’engagement des partenaires non africains pour le Bureau des affaires africaines.

Pour rappel, Naakoshie Mills est un ancien élève du programme des leaders émergents 2016 de  Atlantic Dialogue 

Chaque année, le programme Dialogues en émergence de l’Atlantic Dialogues réunit de 40 à 50 jeunes dirigeants âgés de 23 à 35 ans, originaires du bassin atlantique et d’Afrique, qui ont fait preuve de leadership et d’initiative dans leur domaine et qui visent à façonner l’agenda régional et mondial en Afrique. politique, finance, entreprises, société civile, universités et médias. Ces leaders émergents ont démontré des capacités de leadership et un fort sentiment d’engagement envers les problèmes sociaux et économiques auxquels font face leurs communautés en particulier et le monde en général.

Entretien : Nicolas Gachon décortique les enjeux du « Deal du siècle »

in Uncategorized
Entretien : Nicolas Gachon décortique les enjeux du « Deal du siècle »

A quelques jours de la conférence pour la présentation du « Deal du siècle », prévue les 25 et 26 juin à Manama (Bahreïn), Nicolas Gachon (photo), maître de conférences en civilisation américaine contemporaine à l’Université Paul Valéry Montpellier 3, spécialiste des questions politiques, fait une radioscopie des enjeux de ce projet proposé par le président américain Donald Trump.

Analysant les axes du « Deal du siècle », Nicolas Gachon explique que le « deal » réduirait de surcroît la taille du territoire palestinien ayant vocation à être véritablement gouverné par le peuple palestinien. Là où les Palestiniens ont toujours lutté pour libérer la totalité de la Palestine historique, le « deal du siècle » ne leur en laisserait qu’une portion congrue.

Pour que le « deal » puisse être concluant, le spécialiste de la politique américaine déclare qu’« il faudrait une contrepartie significative pour faire accepter une telle réécriture du droit et des accords internationaux existants »

Pourtant, les pays arabes qui jusqu’ici n’ont pas manifesté un grand intérêt à la proposition américaine devraient être présents à Bahreïn lors de cette conférence organisée par Washington où, il sera dévoilé les aspects économiques du « Plan de paix » destiné à résoudre le conflit israélo-palestinien.

Avec le boycott proposé par l’Etat palestiniens, « de nombreux chefs d’entreprise palestiniens, ont également rejeté l’offre américaine », qui d’après le spécialiste des Etats-Unis pourrait compliqué l’initiative américaine.

L’homme d’affaires Trump déjà en campagne pour la présidentielle réussira-t-il à conclure le « deal » ?  Entretien. 

Quels sont les grands axes du « deal du siècle » proposé par le président américain Donald Trump?

Tout l’intérêt de la formule « deal du siècle » consiste à faire miroiter une sorte de martingale qui permettrait à court terme de résoudre le conflit israélo-palestinien, comme le candidat Trump l’avait promis lors de la campagne de 2016. Cela étant, l’effet d’annonce a ses limites et les fuites assez nombreuses, ponctuées de déclarations de plusieurs responsables américains, plus ou moins bien orchestrées, tantôt inquiètes, tantôt en forme de ballon d’essai, permettent effectivement d’esquisser les probables grands axes. Le « deal du siècle » validerait le rattachement à Israël des colonies de peuplement en Cisjordanie. David Friedman, ambassadeur des États-Unis en Israël, a explicitement fait part au New York Times de sa conviction qu’Israël, « sous certaines circonstances », « a le droit de conserver une partie, mais pas toute, de la Cisjordanie ». Pas toute, certes, mais une très large portion, et cela pose d’emblée que le « deal du siècle » n’est donc pas adossé à la création d’un État palestinien comme condition préalable à la paix. Le « deal » réduirait de surcroît la taille du territoire palestinien ayant vocation à être véritablement gouverné par le peuple palestinien. Là où les Palestiniens ont toujours lutté pour libérer la totalité de la Palestine historique, le « deal du siècle » ne leur en laisserait qu’une portion congrue.

L’autre grand axe concerne la question des réfugiés palestinien. Le « deal du siècle » pourrait voir Washington appeler à l’implantation des réfugiés dans leur pays d’accueil, avec un accès à la nationalité, en échange d’une aide financière pour les pays d’accueil concernés Une telle disposition écraserait littéralement le statut de réfugié, privant les réfugiés du droit au retour, et semble a priori faire fi des éventuels obstacles constitutionnels dans les pays d’accueil. Enfin, elle ne règle pas la question des réfugiés palestiniens en Israël.

Y a-t-il des manquements qui font que ce « deal » ne soit pas équilibré et qu’est-ce qui pourrait le rendre non concluant ?

Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a lui-même déclaré qu’il pourrait bien être impossible de mettre en oeuvre le « deal du siècle » lors d’une rencontre avec des leaders israéliens. Il faut dire que les axes qui se dessinent laissent entrevoir ce qu’il ne serait pas illégitime d’appeler les « écueils du siècle ». La « Nouvelle Palestine » qui émergerait du « deal du siècle » reviendrait à proposer moins aux Palestiniens que ce qu’ils se sont vus proposer jusqu’ici—et qu’ils ont toujours refusé. Il faudrait une contrepartie significative pour faire accepter une telle réécriture du droit et des accords internationaux existants. Donald Trump s’est toujours présenté comme un homme d’affaire, comme un faiseur de « deals », mais on perçoit mal, ici, comment le « deal du siècle » pourrait, en l’état, et pour filer la métaphore, être un accord « win win ».

La plupart des pays arabes ne semblent pas enthousiastes à ce projet tant vanté par Donald Trump et Jared Kushner, pourquoi ?

Faut-il s’en étonner ? Peut-on espérer régler le conflit israélo-palestinien sans les Palestiniens ? Le « deal du siècle » est rejeté par les Palestiniens avant même d’être présenté, et son annonce a été maintes fois reportée parce que tributaire des secousses du calendrier électoral israélien. En outre, la décision très controversée de Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël en décembre 2017 n’a pu être perçue au Moyen-Orient comme un gage d’ouverture diplomatique et n’a certainement pas placé le Moyen-Orient dans des dispositions favorables. Jared Kushner, gendre et conseiller de Donald Trump, n’accomplit rien de très remarquable, sauf à faire miroiter des aides financières, pour faire passer le fait que le gouvernement américain se place a priori en défenseur de l’occupation israélienne. C’est ainsi que sa récente déclaration selon laquelle les Palestiniens devraient avoir le « droit à l’autodétermination » mais ne sembleraient pas prêt à se gouverner eux-mêmes a des relents, sinon d’administration coloniale, en tout cas d’un ethnocentrisme forcené.

Le « Plan de paix » est proposé au moment où les États-Unis ont ouvert plusieurs fronts au Moyen-Orient, sans compter l’éternelle tension avec la Russie et la guerre commerciale avec la Chine. Que cherche Donald Trump réellement ?

Donald Trump est en campagne électorale et doit avancer sur le dossier israélo-palestinien. Il en a besoin eu égard à ses promesses de campagne, eu égard aussi à une partie de l’électorat américain dont le soutien pourra être décisif en 2020. À l’instar de George W. Bush qui posait fièrement devant un panneau portant la mention « Mission Accomplished » sur un porte-avion américain, pensant avoir définitivement résolu la crise irakienne, le « deal du siècle » permettrait à Donald Trump d’envoyer le plus vite possible un message comparable pour le conflit israélo-palestinien. Qui n’aimerait pas voir Donald Trump, ou qui que ce soit, parvenir à résoudre le conflit israélo-palestinien ? Mais ce conflit est beaucoup trop complexe pour être résolu de manière aussi précipitée, et aussi déséquilibrée dans la négociation. L’ethnocentrisme et la posture dominatrice des États-Unis ont souvent été dénoncés, or Trump commet sans doute une erreur supplémentaire à l’endroit du Moyen-Orient. Il semble convaincu qu’une injection d’aide financière et de nouvelles perspectives commerciales dans les zones palestiniennes, la promesse de dizaines de milliards de dollars en investissements, suffiront à compenser la perte de la Palestine historique aux yeux des Palestiniens. C’est au fond tout l’objet de la conférence prévue à Bahreïn, qui vise à gagner le soutien de chefs d’entreprise palestiniens lors de rencontres axées sur l’économie. Le gouvernement palestinien, comme il fallait s’y attendre, a décidé de boycotter la conférence de Bahrëin, et de nombreux chefs d’entreprise palestiniens, ont également rejeté l’offre américaine. C’est là le signe que tout ne s’achète pas, même pour un président des États-Unis effectivement rompu à l’exercice de la négociation commerciale. C’est plus que jamais vers une solution politique équilibrée qu’un quelconque « deal du siècle » gagnerait à évoluer, mais le temps politique est de plus en plus « compté » à Washington.

Propos recueillis par Mouhamet Ndiongue

Zoom n° 18 : L’héritage colonial !

in Uncategorized
Zoom n° 18 : L'héritage colonial !

L’Afrique est une idée. Quelque chose d’indéfinissable, un ensemble de traditions, civilisations et spiritualités différentes. Il n’existe ni histoire ni culture africaine unifiée, tout comme il n’existe ni « guerre africaine » ni économie africaine, malgré l’Agenda 2030 qui pourrait donner de l’espoir.

La question que le monde se pose est, comment les Africains, longtemps soumis à une domination coloniale violente, réagissent-ils et redéfinissent-ils leur existence après la « décolonisation »? Mais surtout, est-il juste de parler de vaincre le colonialisme ? Nous assistons aujourd’hui à la phase dite post-coloniale, caractérisée par une autonomie et une indépendance non complète du continent vis-à-vis des pays européens qui l’ont subjugué. Ils ont ensuite été rejoints par d’autres. Russie, Chine, Brésil : tous sont devenus les principaux acheteurs des ressources minérales et des gisements de gaz du continent, privant une nouvelle fois les Africains du bénéfice de la satisfaction et de l’exploitation de leurs ressources.

Dans le même temps, toutefois, l’Afrique possède une force de promotion et de perturbation représentée par les jeunes, qui constituent 75 à 80% de la population, soit le pourcentage le plus élevé au monde. Nombre d’entre eux sont des étudiants, des dirigeants politiques, des militants, des intellectuels, des combattants, des activistes qui élaborent chacun à leur manière une réponse à la situation politique et sociale. Certains, poussés par un sentiment de marginalisation sociale et culturelle et par un contexte d’inaccessibilité aux ressources économiques, migrent ou exploitent les rares opportunités d’emploi offertes, par exemple en s’enrôlant dans les associations. Dans un contexte politique similaire, constitué de guerres éparses et déplacées qui tendent toutefois à revêtir une signification globale, le conflit le plus important semble donc être celui des identités post-coloniales : ceux-ci, à juste titre, exigent l’insertion dans le cadre de la répartition des ressources que l’Occident perce ponctuellement, les replaçant dans un état d’appauvrissement, d’assujettissement et d’inactivité. En bref, les dimensions à prendre en compte quand on parle du continent africain sont nombreuses.

L’Afrique est le continent qui a connu le plus grand nombre de conflits, de l’effondrement du mur de Berlin à nos jours. Nous avons donc, de 1989 à aujourd’hui, des conflits ou révolutions enregistrés notamment le Printemps arabe, Libéria, Côte d’Ivoire, Sierra Leone et, plus tard, le génocide au Rwanda et la guerre au Congo. À l’heure actuelle, les conflits les plus récents concernent le sud du Soudan, la République centrafricaine et la révolution silencieuse qui se déroule en Algérie.

Après Berlin, il y a un retournement, en ce sens que l’Union soviétique n’agit plus sur l’échiquier africain. Au cours de ces années également, nous constatons que la présence d’États est affaiblie par les plans d’ajustement, ce qui affaiblit les entreprises africaines elles-mêmes. Ce qui se passe est une distorsion des zones de conflit géostratégique. Ainsi nous passons d’une rivalité antérieure entre les États-Unis et l’Union soviétique, à une rivalité entre les États-Unis et la Chine, ainsi qu’à l’effondrement de nombreux régimes.

Par conséquent, la dimension économique de tout cela émerge, à savoir la concurrence pour la division des ressources minérales et diamantifères. Un cas emblématique est le Congo, où il existe des minéraux précieux à la surface qui peuvent être facilement retirés. Il suffit donc de contrôler militairement une région pour pouvoir tirer profit de ses ventes et de son commerce. Dans l’ensemble du contexte, la dimension sociale doit également être prise en compte, ce qui pousse vers une très forte marginalité des jeunes et favorise le recrutement de milices et de groupes liés à l’extrémisme islamique.

Les mêmes crises politiques et économiques sont souvent provoquées par les dirigeants locaux sur le plan ethnique, comme dans le cas du Rwanda et du génocide; c’est le colonialisme qui a produit une tribalisation de l’Afrique , qui répond en premier lieu à la logique de diviser pour régner et ensuite à la projection des obsessions racistes européennes sur l’Afrique, c’est-à-dire à la création de stéréotypes racistes de la part des colonisateurs , par rapport aux Africains.

Le continent africain se développe. La même population est composée principalement de jeunes. Il présente une situation hétérogène caractérisée par des pays qui vont bien et des pays qui vont mal. C’est le continent le plus jeune de tous les temps, où 65 à 70% de la population est jeune. Quels sont les effets ou les problèmes associés à cela? Ce sont des entreprises au capital humain gaspillé, non exploité, d’où découle une forte marginalité des jeunes qui favorise le recrutement de milices ou de Daeach. L’Afrique est pleine de jeunes terroristes et milices et au-delà. L’absence d’opportunités d’emploi pousse de plus en plus d’enfants à choisir le moyen le plus court et le plus pratique. Nombre d’entre eux quittent leur pays après avoir obtenu leur diplôme, d’autres restent et empruntent d’autres routes à la limite. Exclusion de la richesse mondiale dont les échos sont tirés de l’actualité, des films «occidentaux» et des médias en général, leur causent beaucoup de frustration parce qu’ils canalisent dans les rues l’illégalité ou la violence en tant que pratique quotidienne acceptée.

Ceci est le leg colonial. Les stéréotypes.

Mouhamet Ndiongue

Le rap marocain et sa symbolique d’ouverture, par Youssef Boucetta

in Uncategorized
Le rap marocain et sa symbolique d’ouverture, par Youssef Boucetta

« Koulchi baghi y welli Pablo, ou hna Marruecos machi Narcos »… ainsi résonne l’un des textes canoniques du rap moderne marocain, prononcé avec ferveur par son chef de file, El Grande Toto dans le morceau Pablo. Ce refrain à lui seul est d’une grande richesse, il serait intéressant d’y faire une petite incision critique. Tout d’abord, on voit l’impact profond de la mondialisation dans ce qu’elle affecte la consommation culturelle du Maroc, en l’internationalisant.

Ici, la série Narcos produite par Netflix, qui représente un regard hollywoodien sur l’histoire souvent romancée bien que fascinante de Pablo Escobar. Avec cette base référentielle, El Grande Toto construit ce vers qui image l’espoir et le fatalisme dans deux hémistiches qui avancent deux parties de la dialectique existentielle de la jeunesse marocaine et inspire l’auditeur à rentrer en dialogue avec le texte auditif en faisant la synthèse de cette dialectique. Pour moi, cette synthèse se trouve dans l’espoir, et l’envie irrépressible de l’action qui peut être a inspiré cet article.

De plus, il s’agit bien évidemment de rap, un genre musical et une culture directement importée du Bronx (New York), en passant par les banlieues des grandes villes européennes. Toute cette masse de productions et d’inspirations culturelles qui ont atteint le public marocain et surtout la jeunesse, témoignent de l’ouverture sans frein du Maroc au reste du monde et surtout à l’Occident, mais essentiellement posent la nécessité d’une nouvelle définition identitaire pour la jeunesse au Maroc. Voilà tout ce sur quoi peut nous renseigner un simple vers de rap lorsqu’il est examiné dans son contexte.

Le rap marocain constitue une force d’expression majeure de la jeunesse marocaine d’aujourd’hui. Elle unit derrière un sentiment d’appartenance, les Marocains de demain, qui restent encore souvent divisés par leur classe sociale, ou par l’orientation culturelle de leur éducation (arabophone, francophone, hispanophone, anglophone et autres systèmes scolaires au Maroc et de la diaspora marocaine). Ainsi, dans les codes bien établis de la culture jeune, vibrante, créative, cérébrale, poétique et émancipante qu’est le rap, notre jeunesse fait briller son multiculturalisme, sa sensibilité lyrique, son inventivité et puise son inspiration dans un sac sans fond de vicissitudes quotidiennes remarquables, à l’image de la richesse de sa culture mais aussi des paradoxes de sa société. 

Le rap au Maroc est en train d’atteindre une échelle de popularité sans précèdent, au vu de son arrivée synchronisée avec l’avènement des réseaux sociaux qui constituent dans leur essence, l’agora postmoderne. La distribution du rap marocain se fait majoritairement à travers les réseaux sociaux (Youtube et Facebook principalement), car les services de streaming sont encore difficilement accessibles au marché marocain (par leur prix et leur méthode de paiement institutionnalisée). Ainsi, bien que cela signifie une moindre rémunération matérielle pour les artistes en comparaison avec leur popularité, cela se traduit également par un accès beaucoup plus démocratisé à la musique.

Le groupe marocain Shayfeen, s’illustre avec élégance dans des concerts à l’international, principalement en Europe où ils fédèrent l’attention des médias. Récemment, ils ont été le sujet d’un court documentaire réalisé par Konbini, géant de la culture populaire en France et dans le monde. Dans ce documentaire figurent également le précité El Grande Toto, ainsi que Madd, un autre artiste de renommée internationale. Au Maroc, le documentaire « Wa Drari » est récemment sorti sur 2M, réalisé par Fatima Zahra Bencherki. Cette œuvre centre son intrigue autour des difficultés existentielles auxquelles doit faire face le groupe Shayfeen, mais elle illustre surtout leur rage de vaincre, caractéristique importante d’une jeunesse créative.

Avec toute cette attention à l’international, nous commençons lentement à reconnaître l’importance du rap comme genre cathartique qui accompagne la lutte identitaire de la jeunesse marocaine. Mais la question se doit d’être posée : Pourquoi a-t-on besoin d’une attention internationale pour donner de la valeur à la création de notre propre pays ? Sommes-nous, serons-nous, toujours plongés dans le complexe d’infériorité théorisé par Fanon ?

Le rap donne des pistes de solutions, en revendiquant une indépendance artistique marocaine, mais surtout en tissant une identité propre à la jeunesse. Cette jeunesse, doit se charger de transcender ce complexe d’infériorité, et elle le fait déjà en maniant la Darija avec une désinvolture éloquente à des fins artistiques. Avec le rap, l’expression ne se plie ni au français, ni à l’arabe classique, langues conçues pour d’autres peuples qui ont fini par faire leur chemin au Maroc. La Darija nous octroie le plein pouvoir sur nos modalités d’expression. Jorge Luis Borges disait que toute langue est un alphabet de symboles dont l’exercice présuppose un passé que les interlocuteurs partagent. La Darija représente ce passé partagé par le Maroc, et son exercice dans l’expression de son art sert et reflète son pays avec une élégance désarmante. Pourquoi ne pas l’encourager ? Il ne faut pas être idéologue, ni complexé, ni apeuré du travail qu’il reste à faire pour développer le champ d’expression de la Darija.

Soyons courageux, ouvrons-nous au changement et au syncrétisme culturel, élément enrichissant de la culture marocaine, qui peut être tracé jusqu’à l’époque de Al-Andalous. Surtout, ouvrons nos oreilles à la puissance de la clameur du mal existentiel de notre jeunesse qui semble être entendue par tout le monde… sauf par nous.

————–

Youssef Boucetta est étudiant en 3ème année, BA à Hampshire College (Amherst, Massachusetts). Il suit un cursus interdisciplinaire en Cinéma, Études Culturelles et Philosophie. Fils de diplomates, il a sillonné le monde et sa maîtrise de plusieurs langues lui a permis une ouverture culturelle, et artistique, sur le monde… qu’il met au service de la culture dans son pays.

 

 

 

 

Zoom n°17 : Le football aura bien perdu son âme !

in Uncategorized
Zoom n°17 : Le football aura bien perdu son âme !

Issa Hayatou n’est plus aux commandes de la Confédération africaine de football, mais peu voire rien n’a changé dans les pratiques de la CAF. Le Camerounais qui a passé trois décennies d’un règne où pots de vin, blanchiment, corruption avaient été les actes les plus concrets contrairement aux véritables réformes du football. Donc trois décennies de retard, de plus.

Exit l’épopée Hayatou, place à l’ère Ahmad Ahmad, dés son élection, les rêves les plus fous étaient permis par les férus du foot, ce foot de années 80 qui était authentique et réel où rien que le jeu prévalait sur tout. On se rappellera l’ère de l’ancien président de la FIFA, le Brésilien João Havelange, qui durant les 24 années passées à la tête de l’institution mondiale de football a apporté des changements considérables, notamment en matière d’expansion et de commercialisation de la Coupe du Monde.

Mais il est clair que les temps changent, emportant sur son passage tout : âme, philosophie, éthique et vie. Ce vent du changement a soufflé à la FIFA voyant l’exclusion de Blatter, le successeur de Havelange, par des faits de corruption et pas que et cette brise du nord a aussi balayé le monumental Issa Hayatou de la tête de CAF.

Fini donc la saga des Blatter, Valcke, Platini et 42 autres personnes inculpées notamment des Sud-Américains. Maintenant place à Infantino, Ahmad, Turki Al Sheikh, Ceferin …

Des hommes ont changé certes, mais les méthodes semblent être têtues. Pour preuve, en janvier 2019, le journaliste ghanéen Ahmed Husein a été tué à Accra dans le cadre d’une révélation suite à une vaste enquête sur la corruption dans le foot africain. L’enquête à laquelle il avait participé a fait éclater en 2018 un vaste scandale de corruption et de matchs truqués.

Dans un documentaire explosif, le journaliste piégeait des dizaines d’arbitres du continent, ainsi que plusieurs dirigeants de la Fédération ghanéenne de football, dont son président, en leur proposant des pots-de-vin.

A la suite du scandale, plus de 50 arbitres africains ont été suspendus par la Confédération africaine de football (CAF).

Le président de la Fédération ghanéenne de football et vice-président de la CAF, Kwesi Nyantakyi, avait été filmé avec des « investisseurs » potentiels (des journalistes infiltrés) à qui il faisait miroiter de juteux contrats avec le gouvernement ghanéen, en échange de plusieurs millions de dollars.

Une explication de ce phénomène est certes la mauvaise gestion, la corruption et le dysfonctionnement général qui caractérise de nombreux comités organisateurs du continent. Cela signifie que les équipes nationales échouent continuellement dans leur intention de développer les sport roi.

Ahmad Ahmad, l’homme qui a réussi a déraciné le « baobab » Hayatou était attendu pour apporter la rupture qui sied au football africain. Mais l’ancien président de la Fédération de Madagascar a aujourd’hui maille à partir avec des accusations de corruption et d’abus de pouvoir par son propre secrétaire général, l’Egyptien Amr Fahmy. Parmi les accusations que Fahmy  a déclenchées en mars dernier figuraient, entre autres crimes présumés, le versement de pots-de-vin d’un montant de 20 000 dollars aux présidents des fédérations africaines, augmentant de 830 000 dollars le coût d’une série d’équipements achetés pour payer à Tactical Steel, une société française intermédiaire, ou à dilapider des milliers de dollars pour l’achat de voitures en Égypte et à Madagascar, son pays, où il a créé un bureau satellite selon les accusations.

Les récentes scandales d’arbitrage et d’organisation qui ont émaillés les matches aller et retour de la finale de League des champions africain, témoignent de l’échec du président Ahmad qui voulant changer les méthodes a sans doute oublier le pouvoir de l’argent.

Mouhamet Ndiongue

LDC d’Afrique : VAR en panne, Ahmad menace de démissionner

in Uncategorized
LDC d'Afrique : VAR en panne, Ahmad menace de démissionner

Opinions

LDC d’Afrique : VAR en panne, Ahmad menace de démissionner

Zoom n°16 : ci-git la mondialisation !

in Uncategorized
Zoom n°16 : ci-git la mondialisation !

La mondialisation prônée par l‘Europe est en danger et c’est peu dire. Coincée d’un côté par la « Trump-attitude » avec sa politique protectionniste et de l’autre côté par une sinisation, l’Europe et sa mondialisation sont maintenant confrontées à un ennemi venu de l’intérieur, l’extrême-droite européenne.

La percée des populistes lors des élections européennes inaugure l’affaissement de la mondialisation : son contenu économique et son agenda politique sont plus que jamais menacés. Donald Trump avait vu venir : en janvier 2017 à peine élu, le président américain s’en prenait déjà à l’Europe, « Vous regardez l’Union européenne […], c’est en gros un instrument pour l’Allemagne. C’est la raison pour laquelle je pense que le Royaume-Uni a eu bien raison d’en sortir », avait dit le président Trump. Le Brexit sera « un succès ». Et face à la politique migratoire, « Je crois vraiment que s’ils [les pays de l’Union européenne] n’avaient pas été obligés de prendre tous les réfugiés, avec tous les problèmes qui vont avec, il n’y aurait pas eu de Brexit. Les peuples, les gens veulent leur propre identité et le Royaume-Uni voulait sa propre identité. », ajoute Trump.

Le démantèlement de l’Europe ne s’arrête pas là, récemment en tournée européenne le président chinois Xi Jinping a voulu prendre sa part du morcellement de l’Europe. La Chine a mis dans son sac le Salvini et Orban, les deux têtes de turc de l’Europe sans compter qu’il y a quelque temps, elle a presque « acheté » de la Grèce en lui accordant une dette souveraine de près de 290 milliards d’euros. Comme disait Alain Peyrefitte, « quand la Chine s’éveillera… le monde tremblera »

Après les élections européennes, les populistes vont s’emparer du pouvoir. Leur objectif, impensable jusqu’à récemment : démanteler la mondialisation. Mais qu’est-ce que la mondialisation aujourd’hui et surtout comment est-elle perçue ? Pour la grande capitale, c’était une aubaine qui ouvrait de larges marchés hermétiquement fermés, ce qui permettait de trouver de la main d’œuvre bon marché ailleurs et surtout de payer moins d’impôts, voire même rien du tout, grâce à la prétendue « optimisation fiscale ».

Les entrepreneurs de dimension nationale n’ont pas la même expérience : la concurrence des multinationales a réduit leurs chances de survie et les grandes marques occupent aujourd’hui tous les créneaux productifs et commerciaux disponibles. Pour les personnes, pour les particuliers, la situation est encore plus complexe.

Le programme des soi-disant populistes est très simple : apporter des réponses radicales aux problèmes de la mondialisation, sans médiation et sans langage direct. Le cœur de la proposition est l’idée que nous pouvons revenir au passé, que nous pouvons recréer un monde qui, pour beaucoup, semble maintenant idyllique. On pense, par exemple, que si une femme européenne recevait des subventions de l’État, elle aurait beaucoup d’enfants, que les droits de douane et les barrières pourraient stimuler la production nationale, la force militaire serait une carte gagnante.

La cible favorite des populistes est celle des citoyens sans droit de vote, à savoir les immigrés, sans lesquels de nombreuses sociétés seraient en fait à bout de souffle. Des Mexicains des États-Unis aux Africains musulmans et aux Européens du Moyen-Orient en Europe, les immigrés sont la démonstration d’un complot : « la substitution ethnique » comme ils l’appellent, un grand dessin pour effacer les Blancs de l’Europe. Version mise à jour des Protocoles des anciens de Sion, le dépliant rédigé par la police tsariste pour justifier les pogroms contre les Juifs ayant conduit directement à l’Holocauste.

L’action de ces gouvernements se concentre pour le moment sur la destruction du système multilatéral des relations économiques, mais l’atterrissage naturel de tous les nationalistes va bientôt venir : le retour à des scénarios de guerre. Le 21e siècle, qui devait être la consolidation d’une société mondiale, risque donc d’être celui d’un retour aux États-nations. La démocratie est en recul partout, les organisations internationales ont été réduites au silence.

Mouhamet Ndiongue

Les règles pour bien vivre le ramadan chez une personne âgée (Dr Moussayer)

in Uncategorized
Les règles pour bien vivre le ramadan chez une personne âgée (Dr Moussayer)

Le ramadan est en général sans danger pour les pratiquants et l’âge n’est pas en soi un obstacle à son bon respect. Il existe des contre-indications absolues (quelque soit l’âge) en cas de diabète traité à l’insuline et non équilibré, d’insuffisance rénale, de maladie cardiaque… et de toute autre pathologie ne supportant pas un jeûne même court. Il est sage, en tout état de cause, de faire le point avec son médecin traitant pour ne pas mettre sa santé en péril, et de faire preuve de responsabilité, surtout après 75 ans où le jeûne est plutôt à déconseiller. Les personnes âgées de plus de 60 ans (ainsi que leur entourage) doivent par contre savoir que leurs « paramètres » physiologiques, très différents d’une personne plus jeune, les oblige à plus de vigilance. Passons en revue toutes ces évolutions du corps et ce qu’elles impliquent. 

Le manque d’appétit fréquent chez la personne âgée : un pari parfois risqué avec le Ramadan

Les personnes âgées ont souvent tendance à diminuer leur apport alimentaire sans que leurs besoins énergétiques ne soient réduits. Ce manque d’appétit qui survient avec l’âge est en partie dû notamment à l’altération des perceptions des odeurs et du goût (qui stimulent ainsi moins). La capacité discriminative s’affaiblit d’où une difficulté à identifier et apprécier les aliments. Le seuil de détection des 4 saveurs de base est ainsi augmenté en moyenne de 11,6 fois pour le salé, 7 pour l’amer, 4,3 pour l’acide et 2,7 pour le sucré par rapport à un individu jeune !

Contrairement aux idées reçues, les besoins énergétiques de la PA sont presque identiques  à ceux de l’adulte jeune : 2000 kcal/j pour l’homme et 1800 kcal/j pour la femme contre respectivement 2800 et 2200 à 30 ans. De ce fait, la conjonction d’une baisse de l’appétit et l’observation de longues heures de jeune peut compromettre l’état nutritionnel de la PA et mener à une spirale de conséquences fâcheuses. La PA ne doit donc pas restreindre sa consommation alimentaire habituelle après la rupture du jeûne sans d’ailleurs verser dans des excès tout aussi nocifs (quelque soit l’âge !)

Une grande vigilance à l’égard des troubles de l’hydratation

La PA a tendance naturellement à baisser ses apports en eau, le seuil de perception de la soif s’émoussant aussi avec l’âge. Les pertes en eau de la PA sont aussi plus importantes à cause de la plus forte résistance du rein à l’action d’une substance qui limite les pertes en urine (l’hormone antidiurétique). De plus, les mécanismes de régulation sont moins bien assurés, et l’élimination des surplus de sucre ou de sodium s’accompagne d’une plus grande perte  en eau. L’équilibre hydrique est également menacé par certains médicaments (diurétiques, neuroleptiques…). Pour toutes ces raisons, les besoins en eau de boisson sont toujours plus élevés chez la PA que l’adulte jeune (1,7 l/j contre 1,5l/j), d’autant plus que les signes d’une déshydratation, en particulier lors du ramadan, sont souvent tardifs et pas toujours faciles à interpréter. Ainsi, des manifestations de somnolence brusque, de troubles neuromusculaires, de constipation… ou d’accélération du rythme cardiaque doivent conduire à une réhydratation d’urgence… et cela sans perdre son temps à « discuter » de la part de la personne et/ou de son entourage.

Attention à la diminution du capital musculaire

Le capital musculaire diminue chez la PA, ce qui aggrave l’état nutritionnel et d’hydratation. Les réserves en eau (73% de l’eau totale du corps sont stockés dans les muscles) baissent en effet corrélativement à la diminution de la masse musculaire (17% du poids du corps à 70 ans contre 30% à 30 ans). Ce phénomène, la sarcopénie, a des répercussions considérables par les faiblesses qu’il provoque : risques infectieux par baisse des réserves protéiques nécessaires aux défenses immunitaires, chutes et fractures éventuelles compromettant l’autonomie de la PA…

Pour éviter l’aggravation de la fonte musculaire, l’apport nutritionnel conseillé en protéines animales (viandes, poissons …) et/ou végétales (amande, pistache, noix de cajou, haricots rouges, lentilles, pois chiches, pois cassés, champignons, dattes et figues séchées, céréales…) et en particulier lors du ramadan, doit être supérieur à celui de l’adulte jeune : 1 à 1,2 contre 0,8 à 1g/kg/j, soit 12 à 15 % des nutriments.

Une qualité du sommeil à préserver

Le sommeil se modifie avec l’âge tant par sa structure que par sa qualité. Son temps total  diminue et il devient moins efficace car plus fragmenté par des réveils nocturnes fréquents. L’observation du  ramadan ne doit pas se faire en complète rupture avec une bonne hygiène de vie et donc de sommeil.

Il faut donc, autant que possible, essayer de conserver une heure de coucher et de lever régulière, de consacrer une heure de sont temps l’après-midi, à une sieste réparatrice, de pratiquer une activité physique et de s’exposer (sans excès) à lumière naturelle durant la journée. Les boissons contenant des excitants (café, thé) ainsi que le tabac sont à éviter ou à consommer de façon minime. Pas non plus d’abus de nourriture toute la nuit qui vont ensuite perturber ce sommeil. La bonne règle en ce domaine est de prendre un petit déjeuner très consistant avant le lever du soleil, de faire un repas léger au moment de la rupture et d’en faire un autre 3 heures après.

Les médicaments   et le jeûne: un arbitrage raisonnable entre deux éléments contradictoires

Les médicaments restent en plus grande quantité et plus longtemps dans l’organisme d’une personne âgée. Leur élimination rénale ralentie, leur accumulation dans les graisses et leur passage plus agressif dans le cerveau rendent de fait les PA beaucoup plus fragiles face aux médicaments. Ainsi, le paracétamol s’élimine deux fois plus lentement, le diazepam (valium), quatre fois plus lentement : il faut 80 heures – 3 jours ! – pour éliminer la moitié de la dose donnée de ce dernier médicament qui, avec une prise quotidienne, peut s’accumuler jusqu’à l’intoxication. L’observance du ramadan se révèle ainsi toujours problématique face à la prise de médicaments, même anodins en apparence. Surtout quand on sait que l’intoxication médicamenteuse est responsable d’un tiers des hospitalisations des PA dans les pays développés ! Une étude réalisée en France en 2015 par l’association et revue renommée Que Choisir a même montré que 40 % des prescriptions médicales pour les PA étaient inappropriés et donc potentiellement dangereuses !

La bonne perception de tous ces risques que connaissent les PA, de par leurs changements physiologiques, lors du ramadan, n’est aussi malheureusement encore pas toujours bien appréhendée par l’ensemble des professionnels de santé au Maroc. La gériatrie, c’est-à-dire la médecine de la personne âgée et de ses maladies, nest apparue en effet que très récemment dans notre pays, avec la décision du ministère de la Santé, dans les années 2000, d’envoyer en France une quinzaine de spécialistes en médecine interne pour acquérir cette formation en gériatrie. C’est donc encore une science médicale presqu’inconnue du grand public, même si plusieurs dizaines de médecins généralistes ont aussi maintenant une orientation « gériatrie », grâce à des formations complémentaires.

Les principales recommandations à retenir :

Pour jeûner en toute sérénité, Il est fortement conseillé à la personne âgée de :

consulter son médecin avant toute décision d’observer ou non le ramadan et sur la prise de ses médicaments (pas d’auto-médication !);

ne  pas diminuer sa consommation alimentaire habituelle ;

– veiller à consommer une bonne ration de protéines ;

–  bien boire (1,7 litre par jour  au minimum en moyenne) ;

–  adopter autant que possible de nouvelles heures de sommeil identiques et régulières d’un jour à l’autre ;

prendre un petit déjeuner très consistant avant le lever du soleil,  faire un repas léger au moment de la rupture et en faire un autre 3 heures après.

Bon ramadan à tous et, si vous êtes âgé, soyez toujours vigilant à ne pas dépasser les exigences physiologiques de votre corps !

Dr Moussayer Khadija 

Spécialiste en médecine interne et en Gériatrie en libéral

Présidente de l’association marocaine des maladies auto-immunes et systémiques (AMMAIS)

Ex – interne aux Hôpitaux de Paris (Hôpital gériatrique Charles  Foy)

 

Pour en savoir plus :

– Moussayer K. Nutrition et personnes âgées, Quand on avance en âge, mieux vivre c’est mieux se nourrir Doctinews N° 25 Août/Septembre 2010 www.doctinews.com

– Moussayer  K . Seuil de la vieillesse : comment le déterminer Doctinews N° 91 Août-Septembre 2016

 https://www.doctinews.com

– Halte à l’overdose pour les personnes âgées ! Que Choisir Santé 28/01/2015

 https://www.quechoisir.org

– 30% des hospitalisations chez les personnes âgées liées à une médication inappropriée, Communiqué Université catholique de Louvain (UCL) 30 septembre 2016

https://cdn.uclouvain.be

 

Est-il (encore) possible de sauver les médias au Maroc ?, par Aziz Boucetta

in Uncategorized
Est-il (encore) possible de sauver les médias au Maroc ?, par Aziz Boucetta

L’Homme est un être social et sociable, et a donc besoin d’être informé sur son environnement. Depuis des siècles, il a trouvé la solution, avec différentes formes de ce qu’on appelle aujourd’hui les médias. Ces derniers, en perpétuelle évolution et en constante transformation, ont atteint aujourd’hui un stade d’étranglement économique qui oblige les uns et les autres à la réflexion sur le nouvel modèle économique qui leur permette de continuer d’exister.

L’équation est simple : la société a besoin de médias, mais l’économie ne permet plus aux médias de fonctionner librement. Quoi faire et comment faire ? Notre éminent confrère Naceureddine Elafrite a publié voici quelques jours une analyse approfondie sur la situation des médias au Maroc, sur leur nature et sur leurs problèmes, esquissant une solution de sauvetage du secteur.

Pour lui, le marché du lectorat s’étant tari en raison de l’arrivée du web, et celui de la publicité ayant suivi pour la même raison, il s’agit, en plus de la subvention publique qui doit exister mais en restant limitée pour ne pas réduire l’indépendance du secteur, d’impliquer le secteur privé. Mais celui-ci, pour agir, doit avoir de la visibilité et des perspectives positives. D’où la nécessité de rendre les médias attractifs aux investisseurs… Les investisseurs en question sont soit des actionnaires qui apportent du capital, soit des annonceurs qui lancent des campagnes de publicité.

En effet, aujourd’hui, rares sont les médias qui existent et prospèrent sans l’assistance du privé. Directement par la publicité, ou indirectement par des contrats de partenariats aux formes diverses. Il s’agit bien d’une assistance car les « services » offerts par les médias peuvent être bien plus intéressants pour ces gens du privé s’ils passaient par d’autres canaux, ceux du web principalement.

La crise du secteur étant mondiale, il convient d’observer ce qui se produit ailleurs… Ailleurs, les médias n’ont pas pu développer un modèle économique qui les rende « attractifs », car les mêmes maux dont souffrent les médias au Maroc frappent leurs confrères dans le monde. Alors, le secteur privé, le grand capital pour tout dire, s’est invité et a développé des pôles médiatiques… sauf que ces pôles ne recherchent pas le profit. Ils œuvrent autant que faire se peut pour assurer tout juste les équilibres, ce qui est d’ailleurs rarement le cas. Car, comme le rappelle si justement Naceureddine Elafrite, « si l’information n’a pas de prix, elle a un coût », et on pourrait ajouter que comme pour toute chose, la qualité a une relation proportionnelle avec le prix : plus l’information est riche et de qualité, et plus elle coûte cher. Qui va payer l’ardoise ? Là est la question.

Le secteur privé occidental assume. Les grands journaux, même avec moins de lecteurs, continuent d’exister et de fonctionner, d’informer, d’enquêter, d’analyser et même de déranger, avec le capital du privé. Celui-ci, toutes choses étant perfectibles par ailleurs, joue le jeu de l’argent et de la neutralité car, pour fonctionner, un média a besoin de son indépendance éditoriale. Et même si celle-ci se heurte au caractère naturellement et profondément peu démocratique d’une entreprise, un seuil d’équilibre est toujours trouvé entre les salles de rédaction et les conseils d’administration.

Il revient au secteur privé marocain d’emboîter le pas à son « aîné » occidental. Car en ce monde numérisé et anonyme où les attaques peuvent venir de toutes parts, et viennent de toutes parts (rappel campagne du boycott économique et du blocage politique), « rien ne peut mieux combattre une fake news qu’une true news », rappelle encore Naceureddine Elafrite. L’enjeu n’est donc plus le modèle économique ou l’attractivité, car les médias ont un rôle qui dépasse la logique du profit ou de l’équilibre comptable ; leur importance est dans l’offre qu’ils apportent en termes d’idées dans un monde qui commence dangereusement à en manquer.

Il existe quatre manières pour les entreprises d’investir dans les médias :

1/ La prise de contrôle directe, à travers la création d’un pôle médiatique ;

2/ L’affectation d’une enveloppe publicitaire significativement plus importante, par l’augmentation du budget communication ou par la réduction de la part accordée aux grandes plateformes internationales ;

3/ La signature de partenariats d’accompagnement éditorial, quand l’entreprise pourrait le requérir de par son activité ;

4/ L’élaboration d’une convention public-privé pour renforcer le Fonds dédié au secteur médiatique, aujourd’hui alimenté à hauteur de 60 millions de DH par le seul Etat.

Il ne s’agit pas ici, pour les trois premiers points, d’une « offre à la carte », où une corporation médiatique, dont les contours et les membres légitimes seraient difficiles à arrêter, se constituerait pour aller se présenter comme telle et exiger sa « part ». Chaque entreprise aura toute latitude pour établir son choix des supports avec lesquels elle travaillerait. Les règles du jeu ayant changé, le capital étant aujourd’hui le facteur dominant, les Etats, les entreprises et les sociétés étant sous la menace permanente des nouveaux « créateurs de l’information », il est de leur intérêt à tous de contribuer à un secteur médiatique fort, à défaut d’être puissant, comme jadis. Les règles de fonctionnement de la société doivent donc également changer et évoluer, par l’imagination de solutions et l’innovation.

Il appartient encore au secteur privé de se réunir avec la profession, et la puissance publique, pour accepter l’idée de sa nouvelle mission (je dis bien mission) et examiner les moyens de la remplir. Un pays, c’est une société, un environnement, des gens, des enjeux ; si tout est prodigué au secteur privé pour qu’il prospère, il ne faut pas oublier que c’est grâce à l’action combinée de l’Etat et de la société. Le privé doit contribuer à son tour, aujourd’hui plus que jamais, où l’information est devenue une arme de guerre, et où être désinformé signifie le plus souvent être aussi désarmé.

 

Go to Top
Aller à la barre d’outils