Le Maroc pour un nouveau modèle de croissance selon des économistes

Le Maroc pour un nouveau modèle de croissance selon des économistes

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Le Policy Center for the New South (PCNS) et le laboratoire d’Économie Appliquée (Université Mohammed V), appuyés par le Centre national de recherche scientifique et technique (CNRST) ont organisé ce lundi un panel de discussion autour de l’ouvrage «Ouverture productivité et croissance économique au Maroc», édité et coordonné par Abdellaif Chatri.

Pour le professeur Chatri, «Le ralentissement tendanciel de la croissance, persistance du chômage de masse, faibles gains de productivité, perte en compétitivité, lenteur de la transformation structurelle, approfondissement des inégalités, déclassement social, etc. sont autant d’indicateurs, dont la liste n’est pas fermée, qui plaident pour le dépassement du modèle de croissance poursuivi depuis plusieurs années.», plaide pour une ouverture de productivité du Marco en vue de booster la croissance économique.

L’ouvrage met aussi en lumière les fragilités auxquelles se heurte le rehaussement du potentiel de la croissance de l’économie marocaine, à savoir une ouverture peu réussie et une productivité au ralenti. Il vise à apporter plus d’éclairage sur les liens existant entre ouverture, productivité et croissance économique, avec une série de papiers sélectionnés en deux temps par le comité scientifique.  

Questions au Professeur Abdellaif Chatri (photo) 

Vous évoquez un changement de paradigme avec le changement du model de croissance. Sur quel levier devrait-on s’appuyer pour sauvegarder les équilibres macroéconomiques ?

Absolument, il y a aujourd’hui un large consensus au Maroc que le modèle de croissance poursuivi des années durant a atteint ses limites et doit laisser la place à un autre modèle susceptibles de corriger les fragilités structurelles de l’économie nationale et de répondre aux aspirations des marocains. Le modèle actuel est avant tout un modèle de croissance extensive, où la croissance est tirée par l’accumulation des facteurs de production, et non pas sur leur utilisation efficiente. Evidemment, ce modèle est un passage obligé mais n’est pas soutenable à long terme du fait qu’il se traduit par l’accumulation des déséquilibres macro-économique surtout quand l’Etat est très impliqué dans l’accumulation du capital physique comme c’est le cas pour le Maroc qui souffre actuellement des déficits jumeaux. A mon sens, le passage à un autre régime de croissance implique nécessairement des réformes dont le dénominateur commun doit être l’accroissement de la productivité. Les recettes à cet égard sont connues et concernent notamment l’accumulation et l’amélioration de la qualité du capital humain, l’amélioration de la qualité des institutions, du climat des affaires, l’incitation des innovations, l’approfondissement du secteur financier…Ect

A quel niveau les chocs exogènes du cours pétrolier et la guerre commerciale peuvent-ils menacer les prévisions de croissance de l’économie marocaine ?

Le Maroc est un pays dont la balance énergétique est déficitaire et dépend effectivement des prix à l’international. Leur fluctuation peut affecter effectivement l’activité économique par sa transmission aux prix domestiques, et par voie de conséquence, aux autres agrégats économiques, notamment la consommation finale.  Concernant, l’impact de la guerre commerciale en cours entre certaines grandes puissances économique sur la croissance au Maroc, il est faible, voir inexistant tant que le Maroc est un petit pays et sa participation aux échanges internationaux est marginale.

Vous évoquez le Capital humain comme facteur déterminant à la croissance. Qu’en est-il spécifiquement du Maroc avec la fuite des cerveaux jugée de plus en plus forte ?

Fondamentalement, je suis pour la mobilité des facteurs de production y compris les cerveaux. Le problème n’est pas là. Effectivement y a des cerveaux qui sortent du pays, mais y en a aussi d’autres, formés ailleurs et  qui y reviennent. Le Maroc affiche du retard à ce niveau même quantitativement et pas seulement qualitativement. En plus, la démographie au Maroc est une dimension importante dont le Maroc n’a pas su, me semble-t-il, exploiter le dividende.  C’est sur ce front que des reformes révolutionnaires doivent être entreprises pour passer effectivement vers un autre modèle de croissance et de développement social

Dans l’industrie manufacturière, le Maroc est fortement concurrencé par la Turquie, à ce niveau quelle politique adoptée pour être plus compétitif à l’intérieur comme à l’extérieur ?

Traditionnellement, le discours sur la compétitivité de ces branches a été centré sur le taux de change, les incitations fiscales et les couts salariaux. Je pense que ces pistes sont révolues et ne peuvent améliorer structurellement la compétitivité de l’industrie en question. Aujourd’hui il faudrait faire valoir d’autre dimensions plus structurelles qui agissent sur la productivité en premier lieu. 

A mon sens, y a deux niveaux d’intervention. D’abord, il convient de lever les handicaps d’ordre transversal qui transcende les secteurs. Il s’agit de la capacité d’absorption de la technologie, des connaissance…Ect qui dépend de la qualité des ressources humains, du fonctionnement des marchés et des institutions et d’autres facteurs. Le deuxième niveau concerne la branche elle-même. A ce niveau, il convient notamment qu’elle se positionne de manière réfléchie sur la chaine des valeurs, qu’elle se diversifie, et qu’elle s’intègre davantage à l’économie nationale.  Les performances enregistrées récemment par la branche automobile montrent le chemin. Il faut capitaliser ci-dessus et généraliser l’approche à d’autres branches.

Quelle lecture faites-vous des accords de libre-échange continental ? Quels sont les secteurs que le Maroc devrait favoriser pour accroître sa compétitivité ?

Le Maroc en tout cas est présent en Afrique sans Accord de libre-échange. Il est présent dans différents secteurs, notamment la banque, assurance, télécom, agriculture et infrastructure. L’accord de libre-échange serait simplement, de mon point de vue, un acte symbolique et politique qui ancre davantage le Maroc à ses racines africaines. Ceci étant dit, je pense que ce choix ne peut être que bénéfique pour le Maroc et ses partenaires africains, les pays de l’Afrique de l’ouest en tête.

Mouhamet Ndiongue

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