Billet 1-21 juin, le faîte de la musique à Essaouira

La culture, comme antidote de la violence, débattue au festival Gnaoua

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C’est en marge du Festival Gnaoua musiques du monde que se tient un Forum, tenu en partenariat avec l’université Mohammed V et TV5 Monde. Le thème de cette année est « la force de la culture contre la culture de la violence »  . Plusieurs intervenants de qualité étaient là, et ont débattu, combattu cette « culture de la violence »…

Le premier jour, c’est l’écrivaine et essayiste philosophe Laure Adler qui ouvre les hostilités contre la violence. Pour elle, le dérèglement politique et l’absence de garde-fous mentaux dans le domaine politique change notre monde actuel, avec comme exemple la tolérance zéro (les violences verbales et politiques des décideurs contre les migrants). Laure Adler est pessimiste et ne se fait pas beaucoup d’illusions sur notre monde actuel, même si elle s’en défend. Pour elle, le monde se pervertit avec cette recherche incessante du profit.

Citant l’anthropologue  Françoise Lhéritier, elle revient sur la domination patriarcale sur les femmes, ces femmes qui subissent toutes sortes de violence, masquée par des expressions et locutions politiquement correctes. Evoquant la question du sang entre hommes et femmes, elle explique que les hommes choisissent de perdre leur sang à la guerre, ce qui n’est pas le cas des femmes qui perdent leur sang mensuellement, sans forcément le choisir. Françoise Lhéritier a également dit que cette domination masculine trouve sa source dans le besoin de procréation des hommes.

Et aujourd’hui, la violence continue, avec ce chiffre effarant : en France, une femme meut sous les coups de son conjoint tous les trois jours.

De son côté, l’écrivain Abdelkrim Jouaiti considère que la violence est inhérente à toutes les sociétés, sous différentes formes, et cela a commencé par la genèse du monde, par la destruction de bactéries par d’autres. Plus généralement, l’Homme ne survit et n’a survécu que par la détérioration, voire la destruction, de son environnement… Et ce qui se produit entre l’Homme et son environnement se prolonge dans la relation de l’Homme avec ses pairs, ce qui a donné dès le début la question du territoire, de l’appartenance tribale.

La violence est donc inhérente, quasi naturelle, à l’Humanité. La culture et venue alors pour tempérer, réduire, contrer cette violence inhérente à l’âme humaine. « On ne peut faire de la poésie, ou lire, tout en exerçant une quelconque forme de violence », explique l’écrivain.

Et l’actrice franco-algérienne Nadia Kaci vient confirmer cette importance de la culture comme antidote de la violence… Ce qui se passe en Algérie aujourd’hui est pacifique car justement la culture est présente en force dans les manifestations, l’humour, le slam… plusieurs formes de culture…

Arrive Abdelouahab Rafiqi, alias Abou Hafs, ancien détenu pour terrorisme, ancien théoricien de la violence, actuellement ayant fait son introspection et réussi sa remise en cause. Partant de sa vie personnelle, il explique qu’il a grandi dans un quartier casablancais ouvert sur le monde, avec ses foires, ses clubs de sport, ses lieux de divertissement, ses cinémas, avant qu’une mosquée ne soit construite et ne parvienne à s’introduire dans les foyers et à y changer les habitudes, pour les radicaliser. Puis, il va au Pakistan et de là, en Afghanistan, où le mal est fait, où le mal est banalisé. Il en revient en héros… M. Rafiqi conclut donc que malgré tous les environnements favorables à la paix, l’ouverture et la tolérance, la culture de la violence réussit à tracer son chemin. Il aura fallu le besoin de culture, de connaissance, de livres, pour qu’il puisse s’en sortir…

Ce sont les livres, les films, la culture, qui ont conduit M. Rafiqi à s’ouvrir sur la vie et à renoncer à la culture de mort et de fermeture.

Puis une pause festivalière le temps de la journée, de la soirée et de la nuit, avant de retrouver la seconde partie du Forum…

Edwy Plenel, égal à lui-même, considère que ce qui menace le monde est que des pays puissants sont affolés par les incertitudes que nous vivons, tant climatiques qu’inégalitaires. Ces inégalités sont la captation de l’essentiel de la richesse du monde par une minorité qui vit en off shore. Il cite à cet effet le récent rapport d’Oxfam sur ces fameuses inégalités. Pour lui, ces gens pourraient se remettre en cause, mais non, ils continuent de profiter de leurs profits. Edwy Plenel apporte comme exemple les cas de Carlos Ghosn et de Donald Trump.

Aujourd’hui, explique-t-il, le monde est menacé par des pouvoirs issus de la démocratie, qui affaiblissent eux-mêmes la démocratie. Cela fait trente ans que ces pouvoirs dressent des épouvantails, l’Arabe, le musulman, l’Autre… Et donc, l’alerte est l’extrême-droite, elle vient de l’extrême-droite, qu’il faut guetter et surveiller… La responsabilité du journaliste, dans ce domaine, est qu’il est inadmissible que des idées extrémistes aient des relais médiatiques, bien que la diversité d’opinion soit une bonne chose. Et Finkielkraut, Zemmour, Houellebecq en prennent pour leur grade, ce qui est normal, bien que facile.

En conclusion, dit-il, « je rêve d’une France des droits de l’Homme et pas un pays qui a oublié sa Déclaration ». Applaudissements nourris et passionnés de la salle.

Puis arrive le Touareg Abdalkah Ag alHousseiny, qui narre son expérience dans le Sahel, lui « qui n’est pas toujours connecté »… face aux différents troubles que connaît sa région, il est devenu militaire à la confluence des trois pays que sont le Mali, la Libye et l’Algérie. Cependant, son choix était plutôt de troquer les armes pour les instruments. Pour lui, l’élément culturel est le bon choix pour expliquer les choses et passer les messages de paix. D’où la création du groupe Tinawiren du Mali, mis il garde les nerfs à fleur de peau suite à son passage chez les militaires.

Pour l’enseignante Soumia Hanifa (ci-contre), qui exerce en zone difficile à Kenitra, on ne peut être fier de ce que l’on n’a pas façonné… Il faut donc remplacer la culture héritée par une culture du mérite. On ne peut ressentir et nourrir de la fierté pour la race, la religion, une quelconque forme d’appartenance. Mais l’appartenance, c’est aussi l’existence de l’Autre, qui crée l’altérité, et l’adversité. Cela se trouve et se rencontre à l’école, et le rôle de l’enseignant est d’intervenir au bon moment. Et cela se produit aussi pour la certitude, qui est une forme de négation de l’Autre.

Elle dénonce les manuels qui remplissent la tête, qui endoctrinent… Applaudissements nourris, sauf de Mohamed Hassad, ancien ministre de l’Education nationale.

C’est cela le Festival Gnaoua Musiques du monde, encore une fois, la musique et la pensée, le chant et la réflexion, le débat d’idées et les batteries de sons, de couleurs et de passions. Le Forum, qui en est à sa 8ème édition, aura encore une fois, toujours, tenu ses promesses.

Aziz Boucetta

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