Uncategorized - page 3

Libye: la Turquie ripostera contre toute attaque de Hafter contre ses intérêts

in Uncategorized
Erdogan et Haftar
Par Le360 (AFP) le 30/06/2019 à 18h45 (mise à jour le 30/06/2019 à 18h48)

Erdogan et Haftar

© Copyright : DR

La Turquie ripostera à toute attaque venant des forces du maréchal Khalifa Haftar, qui a ordonné à ses hommes de s’en prendre aux intérêts turcs en Libye, a déclaré dimanche le ministre turc de la Défense Hulusi Akar.

Par Le360 (AFP)



lire la suite

Bourse: les publications trimestrielles des indicateurs financiers entrent en vigueur

in Uncategorized
Bourse de Casablanca
Par Rachid Al Arbi le 28/06/2019 à 00h19

Bourse de Casablanca

© Copyright : DR

Kiosque360. Le régulateur du marché des capitaux impose la publication des comptes trimestriels. Le risque est que les délais de publication soient resserrés avec celle des états de synthèse semestriels et annuels.

Le projet de publication des indicateurs d’activité pour les sociétés cotées va enfin aboutir. Dans son édition du jour, L’Economiste rapporte que le basculement vers une fréquence trimestrielle sur les comptes clos à fin juin aura un effet immédiat.

Le journal affirme que jusqu’à présent, seuls les banques, Maroc Telecom, Mutandis et quelques autres émetteurs étaient rodés à cet exercice. Pour le reste des sociétés cotées, cette obligation entraînera une réorganisation et quelques contraintes supplémentaires.
Pour le quotidien, la mesure permettrait de «limiter les mauvaises surprises liées aux profits warning tardifs». Elle impactera toutefois, selon la même source, les délais de publication des comptes semestriels et annuels. «Les états de synthèse trimestriels doivent être publiés dans les deux mois suivant la clôture alors que ce délai est de trois mois pour les comptes semestriels et annuels».

Ceci dit, le marché pourrait avoir les performances de la cote au plus tard fin août et fin février. A noter que l’obligation de publication trimestrielle des comptes ne sera pas appliquée aux entreprises inscrites sur le marché alternatif, en cours de création.
L’Economiste assure également que le régulateur aura son mot à dire sur le contenu des publications des entreprises cotées.

 

Désormais, «le gendarme de la Bourse fixe les informations minimum que doivent contenir les indicateurs trimestriels d’activité et financiers. «Ces éléments doivent être utilisés de manière continue pour assurer leur comparabilité dans le temps. Tout changement doit être justifié. Les informations communiquées au marché doivent être disponibles pendant au moins cinq ans sur le site internet de l’émetteur».

Sur un autre volet, le journal note que l’Autorité des marchés aura un droit de regard sur la nomination ou le renouvellement des mandats des commissaires aux comptes. Ceux-ci seront tenus de communiquer dans les délais notifiés toute information sollicitée par le gendarme de la Bourse. De plus, il leur est demandé de «faire preuve de plus de vigilance sur la situation de l’entreprise et d’alerter le régulateur sur tout fait ou élément pouvant affecter la situation financière de l’entreprise, remettre en cause la continuité d’exploitation ou entrainer une réserve ou un refus de certification des comptes».
 

Par Rachid Al Arbi



lire la suite

Exclusif : Aicha Amrani destituée de la présidence de l’Afem

in Uncategorized
Exclusif : Aicha Amrani destituée de la présidence de l'Afem

Maroc

Exclusif : Aicha Amrani destituée de la présidence de l’Afem

Un seuil de 14/20 requis pour avoir accès au concours de médecine

in Uncategorized
Un seuil de 14/20 requis pour avoir accès au concours de médecine

Maroc

Un seuil de 14/20 requis pour avoir accès au concours de médecine

Maroc / CEDEAO : Imru Al Qays Talha Jebril décrypte tous les enjeux (Itw)

in Uncategorized
Maroc / CEDEAO : Imru Al Qays Talha Jebril décrypte tous les enjeux (Itw)

Présentée comme un élément catalyseur de l’économie ouest africaine, l’adhésion du Maroc à la CEDEAO de fait toujours attendre malgré plusieurs dates avancées et finalement repoussées. Aujourd’hui le dossier c’est comme perdu dans les tiroirs, quoique presque tous les dirigeants africains sont unanimement d’accord et attendent à bras ouverts leurs amis marocains.

Cependant les enjeux continuent d’alimenter les discussions des économistes des secteurs privé, comme public, que ça soit du côté marocain comme ceux de la zone ouest africaine.

Pour une fois encore, Panorapost est allé à la rencontre d’un chercheur bien au fait du sujet pour décrypter le désormais « projet » d’adhésion du Maroc à la CEDEAO.

Imru Al Qays Talha Jebril (photo) est un analyste politique, d’origine Marocaine et Soudanaise, vivant à Rabat. Mr. Talha Jebril travail en tant que conseiller auprès du Haut-Commissaire au Plan, spécialiste des études de prospectives, ainsi que de la géopolitique. Imru Al Qays Talha Jebril est aussi un leader associatif, il préside le Think and do Tank EDFIRST, qui est un laboratoire d’idée focalisé sur l’education. Mr. Talha Jebril a aussi publié des policy papers, notamment avec le think tank Allemand DGAP; et il a participé a des conférences de haut niveau, étant un panéliste aux cotés de l’ancien secrétaire general de l’ONU Ban-Ki Moon et l’ancien président Mexicain Ernesto Zedrillo. Mr. Talha Jebril travail aussi en tant que consultant pour des organisation internationales, dans le domaine de la gouvernance et de l’interprétariat. 

Dans sa déclaration, il affirme que « le Maroc a clairement une image positive plus présente dans les pays francophones de l’Afrique, et plus spécifiquement ceux de la CEDEAO. Son soft power n’est pas aussi important dans les pays anglophones du continent, de par une politique plus timide envers ces pays. Cela s’explique par le manque d’acteurs économiques et politiques anglophones que le pays a à offrir, en partie, mais aussi par le fait que la diplomatie marocaine focalise ses efforts sur la question du Sahara, offrant une sorte de choix cornélien entre le soutien du Gouvernement Marocain ou une rupture des relations bilatérales. »

Par rapport à la position géographique du Maroc plutôt vu comme un pays arabe et qui devrait se tourner vers ses voisin du Maghreb et du Moyen Orient, il estime qu’« Il nous faut une pensée nouvelle, une identité africaine plus ancrée, au lieu de rester dans de vieux paradigmes identitaires relatant seulement à la couleur de la peau ou l’appartenance à une soi-disant unité Arabe. Le Maroc est avant tout un pays africain, berbère et en 3ème lieu, arabe, et partage plus de choses avec le Sahel et l’Afrique de l’Ouest qu’il en partage avec le Proche-Orient. »

Sur un autre régistre, il explique que « le Maroc doit alterner une diplomatie économique réfléchie pour ne pas déranger les intérêts cruciaux de la France, sans pour autant perpétuer le contrôle financier et politique français dans la région. Le Maroc et la CEDEAO peuvent gagner en hégémonie politique et financière à travers l’adhésion du Maroc et l’homogénéisation des traités et autres accord commerciaux. »

Comment est vue la politique étrangère marocaine en Afrique ?

Le Maroc étant le plus grand investisseur africain en Afrique de l’Ouest jouit relativement d’une bonne image quant à sa politique étrangère. En plus d’investissements directs, le Maroc est vu comme un pays frère du Sud, et avec des liens historiques, en plus de sa politique d’intégration des migrants au Maroc et de sa politique d’éducation d’imams, entre autres. Sur le plan purement géopolitique, le Maroc poursuit son rôle de médiateur dans les affaires des pays de l’Afrique de l’Ouest, comme par exemple, dans l’affaire récente du président sortant Gambien Sidi Yahya Jammeh. Cela dit, le Maroc a clairement une image positive plus présente dans les pays francophones de l’Afrique, et plus spécifiquement ceux de la CEDEAO. Son soft power n’est pas aussi important dans les pays anglophones du continent, de par une politique plus timide envers ces pays. Cela s’explique par le manque d’acteurs économiques et politiques anglophones que le pays a à offrir, en partie, mais aussi par le fait que la diplomatie marocaine focalise ses efforts sur la question du Sahara, offrant une sorte de choix cornélien entre le soutien du Gouvernement Marocain ou une rupture des relations bilatérales. Cette position ne sert pas toujours tous ses intérêts, et dans le cas des pays de l’Afrique de l’Est ou ceux qui sont proches de la sphère Sud-Africaine, cela se traduit même par une réticence de dialogue et une méconnaissance de la population locale et du produit ‘Made in Morocco’ que ça soit d’ordre commercial, touristique ou politique.

D’autre part, le grand retour du Maroc dans l’Union Africaine a été une grande victoire diplomatique et a permis au Maroc de reprendre sa place en tant que membre fondateur de l’organisation et d’étendre son soft power dans le continent. L’année 2017 restera ancrée dans la politique africaine comme étant l’année marocaine ; avec un retour de force du pays dans la famille africaine. La preuve tacite de l’image dont jouit le Maroc dans le continent peut être conclue sous l’angle des pays africains, lors du vote pour l’organisation de la Coupe du Monde 2026, où seulement 11 pays Africains ont voté contre la candidature marocaine, ce qui dénote d’une image assez positive du pays dans le bloc continental. En outre, les visites répétées de sa Majesté le Roi Mohammed VI ont été largement acclamées, et ont donné lieu à la signature de plusieurs traités bilatéraux favorisant les échanges commerciaux, l’allègement des obstacles tarifaires, et la collaboration en termes d’expertise (notamment dans les assurances, banques, télécommunications, agriculture, industrie, etc.…).

Quelle appréciation faite-vous de l’adhésion du Maroc à la CEDEAO, annoncée, repoussée et maintenant silencieuse ?

Je voudrais commencer par mentionner que j’avais déjà écrit mon projet de fin d’étude à l’Université Al Akhawayn sur ce sujet, vers la fin de l’année 2012, à l’époque il y avait encore un manque flagrant de données et de littérature sur le sujet, mis à part quelques publications archaïques sur l’histoire  des relations entre le Maroc et l’Afrique de l’Ouest, en termes culturels, religieux et économique, relatant des relations du Maroc antique avec le Marché Africo-Sahélien à travers Sijilmassa et Tombouctou. À l’époque (2012-2013); le Maroc et la conscience politique Marocaine lambda, ne considéraient pas que l’Afrique de l’Ouest représentait également une opportunité économique pour le pays, et ce malgré la présence marocaine en Afrique notamment à travers les banques, assurances, et autres entreprises minières et pharmaceutique dans la région (la banque BMCE étant pionnière dans le domaine). Cela dit, j’avais trouvé qu’avec la faillite du projet d’intégration de l’Afrique du Nord et du Maghreb Arabe, l’alternative africaine, ou plutôt le retour aux relations d’antan, était une pensée économique et politique logique. Suite à mes recherches, j’ai réalisé que ECOWAS, ou CEDEAO en français, était un groupement panafricaniste assez bien intégré, avec une vision solide sur le long-terme au niveau social, économique et politique ; on remerciera des figures telles que le Panafricaniste Ghanéen Kwame Nkrumah pour avoir élaboré les édifices idéologiques de ce projet, à l’image de l’intégration européenne. La CEDEAO représente 350 millions de consommateurs, un PIB de de 345 milliards de dollars, des pays en pleine croissance, une région assez stable, avec des démocraties assez fortes tels que le Sénégal, le Sierra Leone et le Libéria.

Cela dit, à l’époque, j’avais réalisé deux choses sur le sujet. Pour qu’une telle intégration puisse vraiment prendre place, il fallait comprendre à quel point le Nigéria, en tant que puissance régionale, considérait la CEDEAO comme étant une sorte de marché interne – internal turf-, donc à quel point il était primordiale pour le Maroc de raviver ses relations avec le Nigéria pour pouvoir assurer sa place dans ce groupement économique (ce n’est d’ailleurs pas un hasard que le siège des bureaux de la CEDEAO se trouve à Lagos et non pas à Dakar, par exemple). Deuxièmement, que l’intégration du Maroc dans le groupement économique n’était pas possible sans le développement d’une vraie intégration d’infrastructures (routes, ports, routes ferroviaires, et connexions aériennes), et cela veut dire implicitement que tant que le Maroc souffre d’un problème politique au niveau du Sahara il ne pourra pas entamer cette intégration en bonne et due forme (le sud du Maroc, à travers la Mauritanie et le poste frontalier Guerguerat étant la seule route viable pour les transports de camions).

D’un point de vue légal stricto sensu, d’après la constitution de la CEDEAO, le Maroc peut déjà être considéré comme étant membre du groupement. La restriction légale étant, d’après le traité de constitution de 1975, revu en 1993, que “les membres de la communauté sont les états qui ratifient le présent traité”. Néanmoins, la CEDEAO ayant accordé l’accord de principe sur l’adhésion du Maroc le 4 juin 2017 à Monrovia lors du 51ème sommet de la CEDEAO, peine à faire avancer les choses en vue d’un blocage politique sur la question. Il y a à mon avis deux explications par rapport à ce silence. Premièrement, le Nigéria considère toujours que le Maroc reste une sorte de menace hégémonique par rapport à son contrôle du bloc régional ; il y a donc une certaine crainte que le Maroc risquerait de représenter un challenge d’ordre géopolitique et économique dans la région, ainsi que décisionnel, étant donnée l’emprise que le Nigéria a toujours eu sur le regroupement économique. Pour comprendre cette réticence, il faut analyser les dynamiques historiques internes de la CEDEAO, étant la lutte entre les pays francophones du bloc (aussi appelé le bloc de Casablanca – notez l’appellation) et les pays anglophones et lusophones du bloc (le bloc de Monrovia), qui a toujours défini les frictions internes de la CEDEAO sur la base des appartenances coloniales, linguistiques et culturelles.  Cette concurrence a toujours existé dans le groupement, et l’adhésion du Maroc est vue comme une sorte de victoire ou ravitaillement du bloc casablancais, et donc francophone.

Cette méfiance se traduit aussi par les acteurs économiques (consortium de business et d’ONGs) nigériens qui sont sceptiques vis-à-vis de l’intégration du Maroc, avançant des arguments comme les accords de libre échanges dont bénéficie le Maroc avec l’Union Européenne et les Etats Unis, qui permettent t aux produits européens de se retrouver dans le marché ouest-africain et concurrencer les acteurs économiques (industriels et autres) dans la région, réduisant ainsi leur compétitivité.

A mon avis, les acteurs nigériens et dans certains cas sénégalais aussi qui avancent les arguments économiques en premier lieu, choisissent délibérément de ne pas mettre en exergue l’aspect géopolitique et les dynamiques internes de la CEDEAO, en sachant que le seul acteur économique dans la région qui représente une compétition déloyale est l’acteur chinois- le plus grand exportateur dans la région- à travers l’export de produits à bas prix et d’autres techniques commerciales tel que le dumping.

La stratégie à suivre pour le Maroc maintenant est un rapprochement multidimensionnel avec le Nigéria et les acteurs économiques nigériens, pour les convaincre que le Maroc ne cherche pas à raviver les tensions entre blocs francophones et anglophones de la CEDEAO, et que son adhésion ne représente en aucun cas une menace économique pour les pays du bloc régional mais plutôt une opportunité d’élargir les exportations des pays de la CEDEAO au marché marocain et vice versa. Cela devrait se traduire par une augmentation du niveau des importations du Maroc de la région, qui représente jusqu’à ce jour un faible pourcentage en comparaison avec les exportations. D’après le rapport de l’office des changes marocain, le Maroc garde un solde commercial largement en sa faveur dans la région, alors que les exportations y ont triplé (passant de 3.2 milliards de dirhams en 2008, à 10.2 milliards de dhs en 2016) les importations dans la même période, restent au même niveau ou sont en baisse. En somme, les échanges commerciaux avec les pays de la région représentent seulement 4 % des exportations Marocaines et 2 % de son commerce mondial. Donc une dynamisation des échanges économiques devrait être une priorité pour faire de l’adhésion une prérogative politique et économique claire. Sans cela, le Maroc peinera à convaincre ses homologues ouest-africains que l’adhésion est une condition sine qua non pour dynamiser la région économiquement.

La libre circulation des personnes et la question de la monnaie ne constituent-elles pas d’autres freins à l’adhésion du Maroc?

À mon avis, la libre circulation oui, mais la question de la monnaie, pas tellement. Je m’explique.

Pour ce qui est de la libre circulation, le Maroc étant un pays de transit pour les migrants clandestins en Europe, se retrouve dans une situation délicate. En théorie, le pays voudrait bien ouvrir ses frontières aux pays de la CEDEAO, mais ne veut pas se retrouver dans une situation où il doit faire face à une augmentation d’arrivées de migrants qui, sous couvert de la libre circulation, utilisent le Maroc comme une sorte de plateforme de départ vers l’immigration Européenne. D’un autre coté, les autorités à Bruxelles ou Madrid, verraient l’adhésion du Maroc à CEDEAO comme une menace potentielle, si le Maroc décide d’adhérer à la libre circulation, pensant que cela aurait comme conséquence une augmentation des candidats à l’immigration clandestine, à travers l’enclave de Melilla ou autres routes maritimes en méditerranée. Il y a là une sorte d’impasse politique. Le Maroc se veut un pays ouvert, un pays d’accueil, et un pays ouvert vers l’Afrique, mais sa position géostratégique pourrait entraver cette ouverture, étant données les pressions européennes sur le sujet, mais aussi sa propre capacité à absorber cette immigration, qui des fois, peut se transformer d’un stade transitoire à en devenir permanente. Il n’y a pas pour l’instant de politiques proposées qui puissent résoudre cette impasse politique. A mon avis, il faudrait encourager les Think Tanks, africains et marocains, à réfléchir sur cette question et à proposer des solutions appropriées.

En ce qui concerne la monnaie, je ne vois pas en quoi cela serait un frein. Le Maroc ayant une politique monétaire et fiscale assez conservatrice, je ne le vois pas rejoindre la monnaie unique proposée par la CEDEAO en 2020, mais il peut très bien établir un accord d’adhésion au regroupement régional, sans pour autant délaisser sa monnaie nationale, avant de faire des études de faisabilité approfondies, ou simplement choisir de faire un accord similaire à celui que les Britanniques ou les Suisses ont fait avec l’Union Européenne. Le Maroc peut donc très bien rejoindre la CEDEAO sans pour autant en adopter sa monnaie, chose qu’il pourrait considérer de faire plus tard, ce qui pourrait en effet être intéressant sur le long-terme, avec une stabilisation et homogénéisation des politiques monétaires des pays de la CEDEAO.

La politique assez complexe du Maroc avec ses voisins du Maghreb ne constituent-elle pas une méfiance des pays de la CEDEAO ?

Le Maroc n’a pas de différend d’ordre territoriale, ou géopolitique avec les pays de la CEDEAO; il n’y a pas d’historique de relations tendues (je parle de conflits majeurs) avec les pays de l’Afrique de l’Ouest. Toute méfiance qu’il peut y avoir sont donc à mon avis sans grande importance, mis à part le soutien que le Nigéria et les autres pays anglophones (Liberia, Ghana…) du bloc régional, apportent à la question du Sahara, qui sont plus en faveur de la position algérienne ou sud-africaine sur le sujet. Il faut donc commencer à mettre encore plus en exergue les liens étroits que le Maroc entretient avec des pays tels que le Sénégal, le Cap-Vert ou encore la Côte d’Ivoire. Ces relations ne sont pas entachées par des complexités politiques et la logique des relations tendues avec les voisins maghrébins n’est pas pertinente quand il s’agit de la relation du Maroc avec l’Afrique de l’Ouest. Cela dit, le Maroc devrait faire un effort diplomatique d’envergure pour faire changer ses vieilles positions, et rallier à sa cause l’ensemble des pays tout en mettant en avant la solution proposée d’autodétermination dans le cadre la régionalisation avancée pour le Sahara. Cette offensive diplomatique couplée avec des investissements directs peut changer l’attitude de ces pays envers le Maroc. Toute méfiance émanant de ses relations passées avec les pays du Maghreb ne rentre pas en considération étant donnée les actions amicales palpables du Maroc envers les pays du CEDEAO.

On a évoqué un possible changement de stratégie du Maroc avec l’entrée des lobbies aux dépens de la diplomatie classique, est-ce que cela est une bonne stratégie ?

Si cette stratégie vient aux dépens de la diplomatie classique, elle ne sera pas suffisante, mais la combinaison des deux est la bonne route à suivre. Les lobbies commerciaux tels que l’Office Chérifienne des Phosphates (OCP), les Banques marocaines (Attijariwafa Bank, BMCE et la Banque Populaire, ainsi que le groupe minier Managem, peuvent vraiment représenter une force de frappe marocaine pour convaincre leur posture win-win vis à vis des marchés de la CEDEAO (par exemple les banques marocaines forment et recrutent localement, contrairement à d’autres multinationales). Rien ne remplace une diplomatie ‘brick and mortar’ , autrement dit, classique, qui prend en compte les intérêts,  leurs élites économiques et politiques, ainsi que les leaders africains. Le Maroc doit se rapprocher du Nigéria et de tous les pays anglophones de la CEDEAO, et les convaincre que l’adhésion du Maroc à la CEDEAO s’inscrit dans une logique pérenne, relatant non seulement des échanges d’expertise, et d’échange commerciaux favorables, mais aussi les échanges culturels, éducationnels, et d’intégration identitaire. Le Maroc a longuement été comparé à ses confrères arabes, sur la base de la stratification néo-colonialiste -j’ai envie de dire-, aux pays du Moyen-Orient. Mais à mon avis, le Maroc est plus en lien avec la culture malienne, sénégalaise et mauritanienne que celle de l’Irak, par exemple. Il nous faut une pensée nouvelle, une identité africaine plus ancrée, au lieu de rester dans de vieux paradigmes identitaires relatant seulement à la couleur de la peau ou l’appartenance à une soi-disant unité Arabe. Le Maroc est avant tout un pays africain, berbère et en 3ème lieu, arabe, et partage plus de choses avec le Sahel et l’Afrique de l’Ouest qu’il en partage avec le Proche-Orient.

Y a-t-il menace pour les intérêts français, quand on sait que la zone CEDEAO est un bastion économique pour la France ?

Premièrement, la CEDEAO est non seulement un bastion économique pour la France, mais surtout un bastion Chinois, et à un degré moindre, de la Grande Bretagne.

Je ne qualifierais pas l’adhésion du Maroc à la CEDEAO de ‘menace’, mais plutôt de concurrence préférentielle. Le Maroc se positionne comme un pays qui n’a pas d’antécédent ou d’aspirations coloniales dans la région, avec une proximité culturelle, qui se traduit majoritairement dans le cadre du soft power religieux, notamment avec la présence des Imams formés au Maroc dans la jurisprudence Malikite ou Tijania, ainsi qu’un passé coloniale français commun. En plus du fait que le Maroc représente la 6ème puissance commerciale en Afrique, son adhésion pourrait représenter un renforcement de la zone économique à travers l’expertise qu’il a à apporter dans le BTP, l’agriculture, et l’industrie automobile, par exemple.

La France a été historiquement un acteur politique s’opposant à l’expansion de la CEDEAO. Elle a essayé auparavant de bloquer la création et l’élargissement du bloc économique en faisant croire que le Nigéria était un prédateur pour ses voisins, notamment dans le cas du Bénin ou du Togo, décrivant le Nigéria comme étant ‘l’éléphant africain’ qui broussaille sur ‘l’herbe’ des petits pays ouest-africains, dont il compte se nourrir. La France a aussi agi derrière les coulisses pour faire en sorte que les blocs anglophone et francophone restent méfiants l’un de l’autre. L’intérêt français dans la région se traduit majoritairement par le Franc CFA qui reste utilisé dans le bloc de pays relié à l’UEMOA (Union Economique et Monétaire Ouest Africaine), donc l’adoption d’une monnaie autre que le Franc CFA non contrôlée par la Banque Centrale Française est la plus grande menace aux intérêts français. Le Maroc a un rôle à jouer dans ce sens pour aider les pays de la région à adopter une autre monnaie, plus apte à respecter les intérêts propres de ces pays, même s’il n’en fera pas partie. En ce qui concerne les entreprises marocaines, pour certains africains de l’ouest, leurs démarches ressemblent à celles des grands conglomérats français, mais d’un autre côté, il y a peu à peu une confiance qui s’installe en vue de leur provenance marocaine, vu comme moins ‘néo-colonialistes’ et instaurant une approche plus win-win que leurs homologues français.

Le Maroc doit alterner une diplomatie économique réfléchie pour ne pas déranger les intérêts cruciaux de la France, sans pour autant perpétuer le contrôle financier et politique français dans la région. Le Maroc et la CEDEAO peuvent gagner en hégémonie politique et financière à travers l’adhésion du Maroc et l’homogénéisation des traités et autres accord commerciaux. In fine, le Maroc a pour but de rendre la compétitivité des produits issus de la CEDEAO plus compétitifs dans son propre marché et vice versa, dans une logique de coopération Sud-Sud.

Il ya aussi une logique purement géopolitique et militaire que représente l’adhésion du Maroc. Le bloc jouit déjà d’une force militaire à lui propre (ECOMOG), et l’adhésion du Maroc représente un atout majeur pour celui-ci. D’abord, cette adhésion renforcera la puissance militaire régionale, la non-intervention des pays occidentaux dans les affaires politiques de la région et augmentera l’arsenal militaire (en armée de terre et maritime) de la CEDEAO.  Il y aura aussi la possibilité de rendre la région plus autonome dans la gestion de ses conflits liés au terrorisme, au narcotrafic et l’immigration clandestine, et ce à travers un renforcement des partages d’intelligence ou d’exercices militaires conjoints.

Pour conclure, je dirais que le Maroc, en tant que membre de la CEDEAO, représenterait une relation symbiotique, réciproque, d’égal à égal, et pourrait créer une cohésion économique, tant bien financière en termes d’échanges commerciaux, que politique en termes de rapprochement et l’autogestion de conflits internes, ainsi qu’une opportunité pour le Maroc de devenir le hub africain qu’il aspire à devenir. Seulement, ce projet phare ne peut se réaliser sans le travail de fond de part et d’autre pour le renforcement des liens d’éducation, d’échanges académiques, culturels et des liens d’infrastructures d’un côté (un cargo marocain doit actuellement toujours passer par les pays européens pour être renvoyé en Afrique de l’Ouest, et ce pour un prix exorbitant) et d’un rapprochement politique qui œuvre vers l’homogénéisation des procédés de douanes et la mise en place d’une concurrence loyale d’autre part.

L’Union Européenne et le tumulte qu’elle connaît avec le Brexit ou la montée des partis eurosceptiques devrait servir de leçon pour qu’une intégration africaine se fasse autrement, d’une façon meilleure, et je pense que le Maroc et la CEDEAO doivent relever ce défi pour démontrer au monde que l’Afrique peut être un modèle à suivre en termes d’intégration régionale économique et politique.

Propos recueillis par Mouhamet Ndiongue

Etudes supérieures : Sciences Po abandonne le concours d’accès

in Uncategorized
Etudes supérieures : Sciences Po abandonne le concours d’accès

Bref

Etudes supérieures : Sciences Po abandonne le concours d’accès

(Billet 123) – Palestine : Le dol du siècle

in Uncategorized
(Billet 123) – Palestine : Le dol du siècle

RF

Migrants : le Maroc déploie « des efforts considérables »

in Uncategorized
Migrants : le Maroc déploie « des efforts considérables »

Selon l’Agence européenne des gardes-frontières et des garde-côte (Frontex), le Maroc déploie « des efforts considérables » pour lutter contre la migration irrégulière, ce qui lui permet d’assurer la stabilité au niveau des frontières.

L’Agence Frontex a été créée en 2004 pour aider les États membres de l’UE et les pays associés à l’espace Schengen à protéger les frontières extérieures de l’espace de libre circulation de l’UE.

En 2016, l’Agence a vu son mandat élargi et renforcé pour devenir l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes. Outre le contrôle des migrations, elle s’est vue attribuer un rôle de gestion des frontières et une responsabilité accrue dans la lutte contre la criminalité transfrontalière.

Dans une déclaration à la presse au terme de ses entretiens avec le ministre délégué auprès du ministre de l’Intérieur, Noureddine Boutayeb, et le wali, directeur de la migration et de la surveillance des frontières au ministère de l’Intérieur, Khalid Zerouali, M. Leggeri, directeur de Frontex, a salué « l’effort considérable » déployé au quotidien par le Maroc et ses différents services opérationnels pour assurer le contrôle et garantir la stabilité des frontières.

Le directeur de l’Agence de l’UE a mis en relief le rôle régional « très important » joué par le Maroc dans ce domaine, soulignant que le fait que le Maroc accueillera l’Observatoire africain des migrations et du développement est une « preuve tangible » des responsabilités très importantes qu’il exerce au niveau régional sur le continent et qui a « un effet très important vis-à-vis de la stabilité des flux migratoires tels que nous pouvons les observer depuis la rive européenne ».

Développement de la coopération EU-Maroc

Conscient du « coût financier très important » que cela engendre, M. Leggeri a indiqué avoir examiné avec les responsables du ministère de l’Intérieur et les services opérationnels concernés les moyens de développer, « de façon très pratique », des coopérations dans l’intérêt commun du Maroc et de l’UE.

M.Leggeri a souligné avoir eu l’occasion de faire connaître « l’approche européenne de la gestion intégrée des frontières, qui, au-delà des questions migratoires, traite également des questions sécuritaires et notamment de la lutte contre toutes les formes de criminalité ».

« Cela représente un élément important dans le développement des capacités européennes de gestion de frontières et peut également constituer un élément important de notre dialogue et de notre coopération », a-t-il ajouté.

« Nous sommes voisins par la géographie, très proches par les liens affectifs liant l’Europe et le Maroc, et nous voulons bâtir un avenir de coopération partagé avec nos partenaires marocains, notamment dans un contexte où Frontex assume des responsabilités de plus en plus importantes en Europe », a-t-il fait savoir.

Il existe déjà des coopérations bilatérales avec certains Etats européens comme l’Espagne voisine, a-t-il fait remarquer, précisant que Frontex souhaite apporter « quelque chose de complémentaire qui rajoute des choses qui n’existent pas déjà ».

Avec MAP

Le Maroc pour un nouveau modèle de croissance selon des économistes

in Uncategorized
Le Maroc pour un nouveau modèle de croissance selon des économistes

Le Policy Center for the New South (PCNS) et le laboratoire d’Économie Appliquée (Université Mohammed V), appuyés par le Centre national de recherche scientifique et technique (CNRST) ont organisé ce lundi un panel de discussion autour de l’ouvrage «Ouverture productivité et croissance économique au Maroc», édité et coordonné par Abdellaif Chatri.

Pour le professeur Chatri, «Le ralentissement tendanciel de la croissance, persistance du chômage de masse, faibles gains de productivité, perte en compétitivité, lenteur de la transformation structurelle, approfondissement des inégalités, déclassement social, etc. sont autant d’indicateurs, dont la liste n’est pas fermée, qui plaident pour le dépassement du modèle de croissance poursuivi depuis plusieurs années.», plaide pour une ouverture de productivité du Marco en vue de booster la croissance économique.

L’ouvrage met aussi en lumière les fragilités auxquelles se heurte le rehaussement du potentiel de la croissance de l’économie marocaine, à savoir une ouverture peu réussie et une productivité au ralenti. Il vise à apporter plus d’éclairage sur les liens existant entre ouverture, productivité et croissance économique, avec une série de papiers sélectionnés en deux temps par le comité scientifique.  

Questions au Professeur Abdellaif Chatri (photo) 

Vous évoquez un changement de paradigme avec le changement du model de croissance. Sur quel levier devrait-on s’appuyer pour sauvegarder les équilibres macroéconomiques ?

Absolument, il y a aujourd’hui un large consensus au Maroc que le modèle de croissance poursuivi des années durant a atteint ses limites et doit laisser la place à un autre modèle susceptibles de corriger les fragilités structurelles de l’économie nationale et de répondre aux aspirations des marocains. Le modèle actuel est avant tout un modèle de croissance extensive, où la croissance est tirée par l’accumulation des facteurs de production, et non pas sur leur utilisation efficiente. Evidemment, ce modèle est un passage obligé mais n’est pas soutenable à long terme du fait qu’il se traduit par l’accumulation des déséquilibres macro-économique surtout quand l’Etat est très impliqué dans l’accumulation du capital physique comme c’est le cas pour le Maroc qui souffre actuellement des déficits jumeaux. A mon sens, le passage à un autre régime de croissance implique nécessairement des réformes dont le dénominateur commun doit être l’accroissement de la productivité. Les recettes à cet égard sont connues et concernent notamment l’accumulation et l’amélioration de la qualité du capital humain, l’amélioration de la qualité des institutions, du climat des affaires, l’incitation des innovations, l’approfondissement du secteur financier…Ect

A quel niveau les chocs exogènes du cours pétrolier et la guerre commerciale peuvent-ils menacer les prévisions de croissance de l’économie marocaine ?

Le Maroc est un pays dont la balance énergétique est déficitaire et dépend effectivement des prix à l’international. Leur fluctuation peut affecter effectivement l’activité économique par sa transmission aux prix domestiques, et par voie de conséquence, aux autres agrégats économiques, notamment la consommation finale.  Concernant, l’impact de la guerre commerciale en cours entre certaines grandes puissances économique sur la croissance au Maroc, il est faible, voir inexistant tant que le Maroc est un petit pays et sa participation aux échanges internationaux est marginale.

Vous évoquez le Capital humain comme facteur déterminant à la croissance. Qu’en est-il spécifiquement du Maroc avec la fuite des cerveaux jugée de plus en plus forte ?

Fondamentalement, je suis pour la mobilité des facteurs de production y compris les cerveaux. Le problème n’est pas là. Effectivement y a des cerveaux qui sortent du pays, mais y en a aussi d’autres, formés ailleurs et  qui y reviennent. Le Maroc affiche du retard à ce niveau même quantitativement et pas seulement qualitativement. En plus, la démographie au Maroc est une dimension importante dont le Maroc n’a pas su, me semble-t-il, exploiter le dividende.  C’est sur ce front que des reformes révolutionnaires doivent être entreprises pour passer effectivement vers un autre modèle de croissance et de développement social

Dans l’industrie manufacturière, le Maroc est fortement concurrencé par la Turquie, à ce niveau quelle politique adoptée pour être plus compétitif à l’intérieur comme à l’extérieur ?

Traditionnellement, le discours sur la compétitivité de ces branches a été centré sur le taux de change, les incitations fiscales et les couts salariaux. Je pense que ces pistes sont révolues et ne peuvent améliorer structurellement la compétitivité de l’industrie en question. Aujourd’hui il faudrait faire valoir d’autre dimensions plus structurelles qui agissent sur la productivité en premier lieu. 

A mon sens, y a deux niveaux d’intervention. D’abord, il convient de lever les handicaps d’ordre transversal qui transcende les secteurs. Il s’agit de la capacité d’absorption de la technologie, des connaissance…Ect qui dépend de la qualité des ressources humains, du fonctionnement des marchés et des institutions et d’autres facteurs. Le deuxième niveau concerne la branche elle-même. A ce niveau, il convient notamment qu’elle se positionne de manière réfléchie sur la chaine des valeurs, qu’elle se diversifie, et qu’elle s’intègre davantage à l’économie nationale.  Les performances enregistrées récemment par la branche automobile montrent le chemin. Il faut capitaliser ci-dessus et généraliser l’approche à d’autres branches.

Quelle lecture faites-vous des accords de libre-échange continental ? Quels sont les secteurs que le Maroc devrait favoriser pour accroître sa compétitivité ?

Le Maroc en tout cas est présent en Afrique sans Accord de libre-échange. Il est présent dans différents secteurs, notamment la banque, assurance, télécom, agriculture et infrastructure. L’accord de libre-échange serait simplement, de mon point de vue, un acte symbolique et politique qui ancre davantage le Maroc à ses racines africaines. Ceci étant dit, je pense que ce choix ne peut être que bénéfique pour le Maroc et ses partenaires africains, les pays de l’Afrique de l’ouest en tête.

Mouhamet Ndiongue

Le Festival Gnaoua donne rdv à son public du 25 au 28 juin 2020

in Uncategorized
Le Festival Gnaoua donne rdv à son public du 25 au 28 juin 2020

Trois jours de célébration, de dialogue et de communion, c’est ce qu’a proposé, une fois encore, cette édition du Festival Gnaoua et Musiques du Monde en attendant la 23ème édition du 25 au 28 juin 2020.

Essaouira a accueilli la 22ème édition du Festival Gnaoua et Musiques du Monde sous les meilleurs auspices. Au programme concerts passionnants, fusions harmonieuses, échanges heureux et chaleureux, débats audacieux et enrichissants du 20 au 23 juin à la ville des Alizés.

Des centaines de milliers de mélomanes se sont réunis dans la joie, la bonne humeur et l’amour de la musique à Essaouira pour fêter la 22ème édition du Festival Gnaoua et Musiques du Monde. Une édition qui a su tenir toutes ses promesses : des concerts inspirants aux fusions inspirées en passant par les rendez-vous débats et échanges que proposent le Forum des Droits de l’Homme le matin, et l’Arbre à Palabre l’après-midi.

Ouverture…sur les racines africaines !

Après la désormais traditionnelle parade d’ouverture qui a tenu en haleine la ville des Alizés, le public s’est dirigé vers la scène principale Moulay Hassan où les festivités ont démarré avec le fruit d’une belle résidence entre Maâlem Hassan Boussou et le groupe cubain Osain Del Monte. Un concert métissé, un hommage aux racines africaines qui sonnaient comme une évidence. Yoruba et Gnaoua jadis considérés comme des musiques subalternes, ont su se marier à merveille créant une harmonie, transportant le public dans des rythmes énergiques au bonheur du plus grand nombre. S’en est suivi une fusion ardente entre le plus pop rock des maâlems, Omar Hayat brillant élève de feu Mahmoud Guinéa et le « griot » de l’afro pop, Moh! Kouyaté. La rencontre de la guitare et du guembri, un pont entre les sources mandingues et inspirations contemporaines empreinte de blues, du jazz et pop. Une autre union sacrée en cette fin de soirée, celle d’un père et son fils, les maâlems Abdelkebir et Hicham Merchane qui ont offert au public de la scène Moulay Hassan un concert d’une authenticité rare, une magistrale démonstration d’une relève assurée et que la tagnaouite a un bel avenir devant elle.

Grande Fête de la musique

Avec un public fidèle au rendez-vous et des jeunes qui affluaient après avoir parcouru pour certains des centaines de kilomètres, la fête de la musique a été hautement célébrée durant le Festival Gnaoua et Musiques du Monde. Pendant trois jours, le plus maâlem des festivals a offert des moments intemporels d’une rare beauté. 32 maâlems venus de tout le Maroc et même de Brooklyn comme Hassan Hakmoun, ont transporté le public du meilleur de la fusion au plus authentique de la belle tradition tagnaouite.  Le groupe de blues touareg Tinariwen a offert à la ville l’un des plus beaux concerts toutes éditions confondues. Un enchantement partagé comme l’a déclaré Abdallah Ag Alhousseini guitariste du groupe Tinariwen qui a confié avoir donné un des concerts les plus habités de sa carrière. C’était à l’occasion de son intervention lors du Forum des Droits de l’Homme du festival « Je n’ai jamais vu un aussi beau public, de tout le continent africain c’est la première fois que je ressens cela, il y a un formidable public à Essaouira » après un concert presque minimaliste plein de grâce et d’humanité suivi d’une fusion avec le maâlem Mustapha Bakbou qui s’est révélée d’une magie rare. Hamid El Kasri a offert un des temps fort du festival avec un concert passionné qui a transformé la place principale en une sorte de chœur géant par la force de l’écho du public.  Le maâlem a ensuite partagé la scène avec deux artistes féminines véritables étoiles de la scène world. L’indienne, la transculturelle Susheela Raman dont la rencontre avec Hamid El Kasri a donné lieu à un moment d’une belle intemporalité, puis la surprise avec l’arrivé sur scène de Hindi Zahra qui a offert une transe pleine de grâce au public souiri accompagné des maitres percussionnistes Karim Ziad et Rhani Krija. Quant au dernier concert, la place Moulay Hassan s’en souviendra longtemps. Un show d’une grande générosité de Third World, un groupe qui vient fêter à Essaouira ses 45 ans de carrière. Les ambassadeurs du reggae ont offert un concert parfaitement préparé, se permettant des clins d’œil à Bob Marley et même à Andréa Boccelli avec une reprise de « Con te partiro » qui a raisonné dans toute la ville. 

Le festival retiendra les concerts de Borj Bab Marrakech face au coucher du soleil d’Essaouira. Le rossignol de la musique andalouse moderne, Nabyla Maan a séduit avec un duo andalou d’une profonde humanité, celui formé avec la maestra de la danse flamenca Maria Del Mar Moreno. Les concerts de la scène de plage ont été porteurs de belles ondes et de belles énergies. Entre les troupes de la relève et les jeunes maâlems ou des groupes colorés comme Baloji et Imdiazen qui rendent hommage à la diversité des racines musicales marocaines africaines. Et enfin l’original et vitaminé groupe Betweenatna qui a contaminé de son énergie euphorique une jeunesse conquise, et a également accepté d’offrir un concert pour les détenus de la prison d’Essaouira, à la demande des organisateurs du festival.

Enfin, les concerts en toute intimité dans le charme des plus beaux riads d’Essaouira ont fait le bonheur d’un public ravi de s’oublier aux rythmes des troupes Gnaoua, Issaoua, Hmadcha, et de fusions endiablées à l’image des lilas de Dar Souiri, des rencontres musicales de Dar Loubane ou encore des soirées envoûtantes de la Zaouia Issaoua.

 

La culture au cœur des débats du Forum des Droits de l’Homme

« La force de la culture contre la culture de la violence » était le thème des débats de la 8ème édition du Forum d’Essaouira des Droits de l’Homme du festival. Pendant deux jours, intellectuels, artistes et militants des droits de l’Homme ont pris part à ces échanges. Le public du forum a pu donc écouter et interagir avec des personnalités comme Laure Adler, Edwy Plenel, Gilles Marceron, Abdelkader Azrii, Abdelkrim Jouaiti, Mohamed Rafiki, Mouna N’Diaye, Abdellah Alhoussayni, Soumaya Hanifa, Seif Kousmate ou encore Mahi Binebine, et sous la modération du journaliste Abdellah Tourabi, autour du rôle de l’acteur culturel et la place de la culture comme rempart face aux différentes formes de violence.

A l’ouverture de ce forum Neïla Tazi, productrice du festival, a rappelé « que la culture n’est pas un slogan, c’est un appel à la mobilisation citoyenne. C’est un appel à une prise de conscience pour garder le cap d’une civilisation humaine de progrès et de justice » tout en évoquant Hannah Arendt qui affirmait que « c’est dans le vide de la pensée que s’inscrit le mal », Neïla Tazi a poursuivi en expliquant que depuis 22 ans avec le festival « la recherche de l’excellence dans la culture est au cœur de notre démarche ; mais pas celle qui exclut, qui isole et qui conduit à un processus d’intimidation sociale en déniant à certains le droit de considérer leur propre culture comme légitime et digne de reconnaissance ».

Pour Amina Bouayach, présidente du Conseil national des droits de l’Homme (CNDH), la protection des droits de l’Homme est “toujours un chantier inachevé partout dans le monde puisqu’il y a encore un travail immense à accomplir au quotidien ».  Laure Adler, journaliste et écrivaine française, cite la politique de Donald Trump et pointe du doigt les slogans utilisés lors des campagnes électorales comme « tolérance zéro », estimant que ces derniers « ne font que répandre la haine et amplifier tout type de violence ». Quant à la culture face à l’extrémisme religieux, Abdelouhab Rafiqi (alias Abu Hafs) a partagé son expérience en tant qu’ancien salafiste. « C’est grâce à la culture que j’ai pu retrouver la joie de vivre qu’on m’a ôté à mon jeune âge. Si mon père a tout fait pour que je devienne un “cheikh”, ma mère elle, qui travaillait à la Royal Air Maroc à l’époque et qui était contre toute forme de radicalisation religieuse, m’incitait à lire les magazines de culture et de mode ». Le peintre et romancier Mahi Binebine a partagé son expérience avec les centres des Étoiles de Sidi Moumen qui participent à sauver les jeunes des bidonvilles et quartiers sensibles de l’influence intégriste en les initiant à la culture. L’actrice Mouna N’Daye et le photographe Seif Kousmate ont expliqué comment ils parviennent à travers leur art à donner la parole aux minorités, notamment les immigrés et les groupes ethniques. Le journaliste et écrivain Edwy Plenel a offert au public une intervention de haute facture, rappelant aussi que la culture n’est pas suffisante pour éviter la barbarie quand cette culture « est née de l’humiliation et de l’idée que des gens seraient propriétaires de la culture en dominant d’autres personnes ». Il a qualifié le Festival Gnaoua et Musiques du Monde et son Forum de « Lieu de rencontre étonnant, où beaucoup de choses inédites se disent, beaucoup de choses provocantes au meilleur sens du terme. Faire le chemin dans la compréhension qu’il n’y a pas d’identité supérieure à d’autres, de culture supérieure à d’autres, que nous sommes libres et égaux en droits ».

Go to Top
Aller à la barre d’outils