(Billet 119) – A quoi sert vraiment notre parlement ?

(Billet 119) – A quoi sert vraiment notre parlement ?

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Sans le « vraiment », la réponse à la question serait que le parlement sert à la législation et au contrôle de l’exécutif… Avec le « vraiment », les choses se compliquent. Il fut une époque où les députés couraient après la sainte trinité d’ « immunité, impunité et indemnité ». Les deux premières ont certes disparu, mais il reste l’indemnité, en plus d’une possible notoriété et, pour les plus vaillants des élus, une perspective de « ministrabilité ».

Avec un budget global de très exactement 721.596.000 DH, dont 61% pour la 1ère Chambre, le parlement local n’est plus le « destin de la démocratie », comme le présente le juriste austro-américain Hans Kelsen, mais le « festin de la médiocratie », à l’exception toutefois des très rares élus qui ont une haute opinion de leur mission. Il y en a…

Car en matière de législation, le nombre moyen de parlementaires votant effectivement les textes est du tiers de l’effectif global (395 députés et 120 conseillers), pour rester optimiste et constructif. Et même les projets législatifs fondamentaux ne réussissent pas à sortir nos élus de leur torpeur. Ainsi de la loi sur le personnel domestique, votée par seulement 48 valeureux parlementaires, ou de celle sur la lutte contre la violence à l’égard des dames, votée par 105 élus (dont 22 ont été contre !), ou encore celle sur le service militaire, qui ne semble avoir intéressé que 108 députés, malgré le roi, la loi et même la foi… Quant à la loi sur l’enseignement pré-bac, elle est purement et simplement bloquée par nos élus, sans doute parce que 25% d’entre eux n’ont pas le bac…

Et ainsi donc, notre parlement cahote, cahin-caha, sur la voie de la démocratie et des institutions. Le gouvernement et les partis ont finalement trouvé une solution à cette démangeaison qui les titille depuis longtemps et qui consiste à avoir un parlement aussi présentable dehors que malléable ici. L’assemblée est donc vaguement élue (6 millions d’électeurs réels sur une masse globale d’électeurs potentiels de 25 millions d’âmes), toujours dépeuplée et présidée par un Monsieur venu d’un parti jadis flamboyant, aujourd’hui en lambeaux. Quant aux conseillers, leur président est contesté par à peu près tout le monde au sein de ce qu’il reste de son parti.

Mais ce n’est pas grave puisque le gouvernement, ou plutôt son noyau dur, fait tout et le parlement le reste. Et c’est quoi le reste ? Tempêter contre le gouvernement, ou plutôt son noyau mou, et enquêter à huis-clos et en vase clos pour généralement aboutir à des clopinettes. Et quand un problème surgit, comme al Hoceima hier, les enseignants ou les étudiants en médecine aujourd’hui, les plus valeureux posent une question, parfois deux, avant d’aller récupérer au café d’en face.

Résumons… en plus de halaliser des décisions venues d’ailleurs, le parlement va de déclarations asthmatiques en interpellations colériques animant une action législative hypothétique, sous le regard indifférent d’une population désabusée, qu’il est de plus en plus difficile d’abuser. Il est donc permis de s’inquiéter pour la participation en 2021…

Aziz Boucetta

 

 

 

 

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