(Billet 117) – Les études de médecine entre la haine et la rengaine

(Billet 117) – Les études de médecine entre la haine et la rengaine

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« Il y a quelque chose qui ne fonctionne pas au Maroc », avertissait Mohammed VI dans un discours en octobre 2016. Aujourd’hui, plus que jamais, quelque chose ne marche vraiment pas dans ce pays, mais alors pas du tout ! Ce qui se passe actuellement dans les facultés de médecine, publiques ou privées, est préoccupant, et pourrait même devenir inquiétant. Le danger est que l’on atteigne un point de non-retour, de crispation, et il semblerait que nous n’en sommes pas loin…

Au-delà des revendications – forcément « légitimes » aux yeux du gouvernement, acculé et désemparé –, c’est l’antagonisme, prévisible dès le début, entre deux systèmes auquel nous assistons.

En 2014, quand l’Etat avait autorisé ces universités, il avait pensé, comme toujours, avoir trouvé le graal, la panacée contre le déficit chronique, à terme, des médecins. L’Etat ne pouvant former des médecins en nombre suffisant car cela coûte cher, a délégué au privé. Mais ce faisant, il a fait comme pour l’éducation pré-bac, comme pour le logement, comme pour toute chose qu’il a déléguée au privé : il a vendu sa soupe, a passé le témoin, puis s’en est lavé les mains.

Or, dans cette « stratégie », l’équité académique a été délaissée, au profit semble-t-il de la facilité démagogique, voire de l’irresponsabilité politique. Allez venez, jeunes gens, on vous ouvre des facultés aux conditions d’accès différentes et moins rudes, avec un enseignement meilleur et plus pointu ! Cinq années durant, le feu a couvé et la faille sociale s’est installée entre public et « privé », le rejet des uns par les autres s’est renforcé… et la fracture est devenue rupture, avec quelque chose qui pourrait devenir de la haine, et qui est déjà du mépris.

Les étudiants des facs publiques refusent tout lien avec leurs congénères du privé car les places sont limitées dans leurs cycles de perfectionnement et de spécialité, et ils considèrent que c’est là une concurrence indue, surtout que les conditions d’accès initiales sont différentes. Les autres, ceux du privé, refusent avec colère cet ostracisme qui touche, disent-ils, à leur marocanité. Et tous ont raison, tous sont brillants !

Le plus grave est que leurs parents se sont naturellement solidarisés avec eux, mettant en évidence les clivages sociaux classiques entre « riches » et « pauvres », une distinction facile et fausse, mais qui s’installe… ouvrant, ce qu’à Dieu ne plaise, sur le risque de la tâche d’huile sur laquelle l’Etat pourrait s’étaler.

Le fautif, le grand coupable, est l’Etat qui n’a pas su, pu, ou voulu prévoir qu’un jour, cela allait dégénérer. Il a agi par précipitation, voire légèreté. C’est à lui donc, et à lui, seul, qu’il revient de trouver une solution à cette impasse, dans la loi et non dans la menace, dans la morale et la vé-ri-ta-ble égalité des chances qui, aujourd’hui, ne sont qu’un slogan ! Dans l’intervalle, il y a effectivement quelque chose qui ne marche pas au Maroc…

Aziz Boucetta

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